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Questions scientifiques et de société
 
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Auteur(s)
Marie-Christine Rousset (Enseignant-chercheur)
Date de parution
01/07/2008
Voir les idées reçues
http://interstices.info/idee-recue-informatique-4
Idée reçue

Un ordinateur, c’est une machine intelligente  

Quatrième volet de notre collection d'idées reçues.

Sous sa forme affirmative, négative ou interrogative, cette phrase fait référence aux comparaisons que nous avons facilement tendance à faire entre l'ordinateur et l'être humain, en particulier son cerveau.

Apprentissage de représentations par le robot via une interaction homme - machine.
Laboratoire universitaire d'étude des mécanismes cognitifs, Lyon.
© CNRS Photothèque - Emmanuel Perrin.

C'est d'ailleurs le pari engagé autour de l'intelligence artificielle autre document Interstices, dès le début de l'informatique, que de doter les systèmes informatiques de capacités de traitement de l'information comparables, voire supérieures, à celles des hommes.

Un programme informatique qui joue aux échecs ou un robot capable de s'adapter à l'environnement, voire de simuler des manifestations liées aux sentiments (colère, tristesse, joie, etc.), possèdent apparemment un certain degré d'« intelligence ».

Mais de quelle intelligence s'agit-il ?

Cette question en évoque une autre : qu'est-ce que l'intelligence ? Ce vaste sujet est de nature philosophique, nous ne chercherons donc même pas à en discuter ici.

Arrêtons-nous plutôt un instant sur le débat qui anime la communauté des chercheurs en informatique depuis de nombreuses années et résonne dans l'imaginaire collectif.

L'informatique est-elle capable de reproduire des formes d'intelligence humaines ? la réponse est oui... mais l'« intelligence » d'un programme informatique est limitée à un domaine de compétence bien particulier.

Par exemple, des ordinateurs programmés pour jouer aux échecs sont aujourd'hui capables de battre le champion du monde mais ils se feraient battre par un enfant à un simple jeu de devinettes, tout simplement parce que les connaissances qui sont stockées dans leur mémoire, et les stratégies qui sont codées dans leur programme sont spécifiques aux règles du jeu d'échec. Certes, il suffit de les remplacer par d'autres connaissances et d'autres stratégies pour rendre l'ordinateur capable de jouer au jeu de dames ou au jeu de go autre document Interstices. Mais, la machine ne sera pas pour autant intelligente, elle aura été « programmée » pour cette expertise.

Autres exemples, des résultats ont été obtenus dans le domaine de la reconnaissance de la parole autre document Interstices ou de l'écriture autre document Interstices.

De même sait-on aujourd'hui formaliser certaines formes de connaissances sémantiques et les manipuler grâce à l'informatique, on parle d'ontologie autre document Interstices.

Si les programmes informatiques sont capables de battre des humains aux échecs, voire même au go, c'est grâce aux progrès de l'algorithmique, qui permet de s'attaquer à des problèmes de plus en plus complexes.

Algorithmes manipulant des représentations de nos connaissances sous forme de modèles soit du monde naturel autre document Interstices soit de systèmes artificiels autre document Interstices, algorithmes basés sur des outils mathématiques complexes (par exemple la programmation par contraintes autre document Interstices), algorithmes inspirés de la théorie de l'évolution autre document Interstices, algorithmes s'inspirant de la biologie autre document Interstices et de notre compréhension actuelle de l'intelligence naturelle... de nouvelles méthodes mises au point par les chercheurs améliorent sans cesse les capacités de nos ordinateurs.

En particulier, les techniques d'apprentissage automatique document externe au site rendent les ordinateurs capables d'« apprendre » ou de « découvrir » des heuristiques et des stratégies gagnantes autre document Interstices en analysant les résultats positifs ou négatifs d'expériences.

De là, les tenants de l'intelligence artificielle « forte » pensent qu'on peut doter les ordinateurs d'introspection et de conscience, comme en témoigne Jacques Pitrat document externe au site.

Les partisans d'une intelligence artificielle « faible », à l'exemple de John Searle autre document Interstices avec son argument de la chambre chinoise, ne voient dans l'ordinateur qu'un outil... pour programmer des systèmes informatiques qui, reproduisant une expertise pointue dans un domaine spécialisé, peuvent être qualifiés de systèmes « intelligents ».

Pour en savoir plus, lire aussi un petit livre qui recense les idées reçues sur l'intelligence artificielle autre document Interstices.

Parmi les idées reçues précédentes : Les ordinateurs ne se trompent jamais autre document Interstices.