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24/03/2009Sommaire du document
Les débuts du Web... sous l’œil du W3C
Il y a vingt ans, presque jour pour jour, naissait un projet qui allait révolutionner le monde, le World Wide Web. À l'aube du nouveau tournant que prend le Web, arrêtons-nous pour faire un point sur son histoire et ses évolutions.
« Est-ce un fait ou ai-je rêvé que, par le biais de l’électricité, le monde matériel est devenu un gigantesque nerf, vibrant sur des milliers de kilomètres à une vitesse à couper le souffle ? » (Nathaniel Hawthorne)
À l’heure où l’on parle de Web 2.0, de Web sémantique, et de services Web, la perception
qu'avait l'écrivain Nathaniel Hawthorne du télégraphe semble incroyablement visionnaire pour l'époque. Mais pour que le Web fonctionne sur tous les serveurs et tous les postes utilisateurs du monde, il ne suffit pas d’avoir les câblages de l’Internet ou du télégraphe. Il faut pouvoir s’assurer que tous les acteurs se comprennent et interopèrent à l’échelle de cette toile mondiale. Tisser la toile logique du Web au-dessus de la toile physique d’Internet, c'est la mission que s'est donnée l'organisation internationale W3C
(World Wide Web Consortium). Pour mener à bien cette mission, le W3C contribue à la mise en œuvre de standards qui permettent de représenter, d'échanger et de traiter des ressources d’information multimédia sur le Web.
1. Le Web simple : toile de fond et historique
La recherche de l’efficience dans l’organisation et l’accès à une masse d’informations a été une motivation omniprésente dans la préhistoire du Web.
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| Vannevar Bush Source : Bibliothèque du Congrès / ID cph.3a37339 |
En juillet 1945, alors que l’atome est sur le point de hurler lugubrement dans l’histoire, Vannevar Bush, alors conseiller scientifique du président Roosevelt et chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology), signe l’article « As we may think » (« Tel que nous pourrions penser », en français) dans la revue Atlantic Monthly. Il y invite les scientifiques à trouver des thèmes de recherche qui dépassent le cadre de la seconde guerre mondiale et y défend en particulier l’idée qu’améliorer les moyens d’accès aux connaissances est un défi scientifique.
Dans son article, V. Bush s’inquiète de ce que notre capacité à utiliser les publications soit dépassée par les volumes de celles-ci. Il explique qu’il nous faut un moyen de créer des liens entre les documents qui nous importent et que ce moyen doit nous permettre de passer à cette nouvelle échelle. Pour illustrer son propos, il décrit une machine-bureau imaginaire qu’il appelle Memex, contraction de « extension de mémoire » (memory extender en anglais). Grâce à ce « bureau », un utilisateur pourra stocker tous ses livres, toutes ses communications et toutes ses notes, et les consulter très rapidement. Il propose ainsi d'utiliser des codes d’indexation mnémotechniques pour pointer et accéder rapidement à n’importe quelle partie de l’un de ces documents. Plus important, ces codes permettraient de créer des liens d’association entre deux éléments, de façon à ce que la consultation d’un élément déclenche automatiquement la sélection d’un autre qui lui serait associé.
La conception de Bush était à l’époque électromécanique, et il y manque tout
le champ du possible ouvert par le virage du numérique, mais on peut déjà y voir les prémices des systèmes de liens hypertexte que nous connaissons aujourd’hui. Certains mécanismes qu’il décrit sont incroyablement visionnaires : la capture instantanée et à la demande par des micro-caméras, l’informatique vestimentaire
, l'informatique ambiante
, etc. L’idée était lancée, il manquait juste le nom !
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| Ted Nelson, inventeur de l'hypertexte. © Oxford Brookes University Source : W3C |
Il faudra attendre vingt ans l’apparition des ordinateurs électroniques programmables puis leur utilisation pour l’édition de texte, et l’article de Ted Nelson, « Une structure de fichier pour l’information complexe, changeante et indéterminée », à la conférence de l'ACM (Association of Computer Machinery) en 1965. Selon Nelson, pour couvrir un spectre d’usages et de fonctions aussi large que celui décrit par Vannevar Bush, il faut une structure simple en blocs de constructions génériques, permettant d’assister l’utilisateur dans ses réarrangements et retraitements des documents. Il propose alors une structure de fichier évolutive en liste (ELF) qui doit notamment permettre d’ajouter autant de textes et de commentaires que souhaité, de modifier à tout instant la structure et le contenu et d’aider au maintien de la cohérence et de l’historique sans imposer de structure prédéfinie, d’autoriser plusieurs catégorisations et d’assurer un index de tout le contenu perpétuellement mis à jour.
Cette structure de fichier évolutive repose sur trois éléments : des entrées (texte, symbole, image...), des listes d’entrées autorisant la répétition d’une entrée entre deux listes, et des liens binaires entre une entrée dans une liste et une entrée dans une autre liste. Une liste peut par exemple découper un texte en passages et les lier à d’autres éléments. Nelson forge alors un néologisme pour nommer cet ensemble d’écrits interconnectés d’une façon impossible à reproduire sur papier : l’hypertexte. La structure ELF de cet hypertexte permet de l’augmenter et le réorganiser indéfiniment. Dans le même élan, il parle déjà en 1965 d’hyperfilm et d’hypermédias. Les années suivantes verrons la réalisation des premiers éditeurs d’hypertexte utilisant notamment une autre invention de cette décennie, « l’indicateur de position X-Y pour les systèmes d’affichage », plus connu sous le nom de « souris ». C'est à Douglas Engelbart, pionnier de l'interface homme-machine, employé au Stanford Research Institute (SRI), que l'on doit ce système.
Si, en 1965, le concept d’hypermédia est né, sa vision reste néanmoins très individuelle : ce n’est pas encore celle d’une mémoire collective et encore moins partagée par plusieurs utilisateurs en temps réel ; il reste un virage à prendre, celui de la mise en réseau massive. Le réseau existe déjà dans les années cinquante, mais il repose toujours sur des conceptions propriétaires et des canaux dédiés. La guerre froide et la course à l’armement vont stimuler son développement. La communication par commutation de paquets et inter-réseaux (inter-networking en anglais) se développe entre 1972 et 1975 avec les travaux de Louis Pouzin
(INRIA, Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique), de Vinton Cerf (SRI) et de Robert Kahn (DARPA, Defense Advanced Research Projects Agency) qui déboucheront en 1978 sur les protocoles standards (TCP/IP
) au cœur de l’Internet. Un certain nombre d’autres travaux vont aussi rendre possibles les échanges entre ces ordinateurs reliés par des réseaux eux-mêmes interconnectés, notamment le modem permettant à une ligne téléphonique d’être utilisée par un ordinateur en 1958 ; le standard ASCII (American Standard Code for Information Interchange) va normaliser en 1963 le code des caractères pour des textes échangés en anglais ; le système de noms de domaine (DNS
) permet en 1983 d’adresser les ordinateurs en ligne avec des noms mémorisables comme « inria.fr ».
Les applications génériques de communication sur ces réseaux se multiplient avec leur déploiement : le courrier électronique et les listes de diffusion apparaissent en 1972, le transfert de fichier (FTP) et la connexion distante via Telnet
en 1973, puis les forums de discussion en 1979. Le Web n'arrivera que dix ans plus tard, mais Internet et ses applications en constituent déjà la toile de fond.

