Personnalités de l’informatique

L'histoire de l'informatique, présentée à partir du parcours de quelques hommes et femmes qui l'ont marquée... en regard d'une réflexion plus large sur le sexisme dans les sciences.


Alan Turing : La pensée informatique

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Revue DocSciences n°14, juin 2012

À l'occasion du centenaire de la naissance d'Alan Turing, la revue DocSciences, éditée par le CRDP de l'académie de Versailles, publie ce numéro, quatrième volet de la série Informatique réalisée en partenariat avec Inria, à l'initiative du comité éditorial d'Interstices. 68 pages pour sensibiliser les enseignants et les lycéens au parcours de ce scientifique exceptionnel et faire découvrir ses contributions à tous les curieux de science.

Éditorial par Gilles Dowek : Alan Turing sans frontières

Quand on observe son œuvre, on ne peut manquer de remarquer le peu de cas que, tout au long de sa vie, Alan Turing a fait des frontières qui découpent trop souvent nos pensées en petites parcelles bien étanches.

Quand il s’intéresse, dans les années trente, à l’une des questions les plus abstraites des mathématiques, le problème de la décision de Hilbert, c’est pour y introduire une machine imaginaire, la machine de Turing, inspirée des travaux des ingénieurs de son époque. Quand, quelques années plus tard, pressés par l’urgence de la guerre, beaucoup de ses contemporains se tournent vers l’action, il comprend que l’issue du conflit se joue tout autant sur le front de la cryptanalyse, que sur le théâtre des opérations. Quand, à la fin de sa courte vie, il s’intéresse à la biologie, il modélise le vivant comme on modéliserait un objet inorganique. Et, scandale entre tous, quand il s’intéresse à l’intelligence, dont beaucoup font le signe distinctif de l’humanité, il s’affranchit de la frontière entre l’homme et la machine, pour se demander à quelles conditions un objet, animé ou non, peut être qualifié d’intelligent.

Science et technique, action et réflexion, organique et inorganique, animé et inanimé, autant de distinctions qui nous semblent avoir toujours été là, mais qui nous empêchent en fait de penser librement.

Autant de conformismes dont Alan Turing nous a montré comment nous départir.


Turing

Jean Lassègue (collection Figures du savoir, Les Belles Lettres 1998, rééd. 2003)

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2012 marque le centenaire de la naissance d'Alan Turing, mathématicien anglais considéré comme le père de l'informatique et de l'intelligence artificielle. En prolongement du podcast où Jean Lassègue expose son point de vue sur la vie et l'itinéraire scientifique de Turing, nous vous proposons cet ouvrage du même auteur.

Il ne s'agit pas d'une biographie d'Alan Turing, au sens habituel du terme. Jean Lassègue y analyse les articles publiés par Turing, en particulier celui de 1936 où est décrit le concept de la Machine de Turing et celui de 1952 consacré à la morphogenèse. Il les replace dans le contexte de leur époque, en les situant par rapport à l'état des connaissances scientifiques et à l'avancée des technologies. Il a pour ambition de mettre en évidence le caractère novateur de la pensée de Turing et sa profonde cohérence.

Parfois ardue pour un lecteur qui ne serait pas familier des concepts mathématiques développés au début du 20e siècle, cette lecture est passionnante pour celui qui cherche, au-delà des anecdotes, à comprendre ce qui motive un chercheur et comment chemine son raisonnement.


Turing et l'ordinateur

Paul Strathern (Mallard Éditions 1998)

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Alan Mathison Turing est un mathématicien britannique, que la science informatique revendique comme son fondateur. Peu de gens ont conscience de l'importance de ses travaux, qui ont fait basculer le XXe siècle des Temps modernes à l'Ère du numérique. Un changement peut-être aussi important que lorsqu'un inconnu du XVe siècle, Johannes Gensfleisch, que nous connaissons sous le nom de Gutenberg, a fait basculer le Moyen-Âge vers les Temps modernes en inventant l'imprimerie.

Ce petit livre donne un instantané simple, mais non simpliste, de la vie et de l'œuvre de ce savant, y compris du contenu de sa pensée scientifique. Il parle aussi, sans concession ni jugement, des tourments de cette âme fragile, dont le cerveau influa sur le cours de la seconde guerre mondiale et dont le cœur fondait devant le Blanche-Neige de Walt Disney.


Jacques-Louis Lions, un mathématicien d’exception : entre recherche, industrie et politique

Amy Dahan Dalmedico (Éditions La Découverte 2005)

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Ce livre retrace l’histoire de la carrière et des contributions scientifiques de Jacques-Louis Lions, qui ont été époustouflantes à plusieurs points de vue. Cette histoire est intimement liée à celle de l’INRIA, puisque Jacques-Louis Lions a fortement participé à sa création et son extension, puis a dirigé cet institut pendant plusieurs années ; elle est liée aussi à celle du CNES, dont Jacques-Louis Lions a été ensuite directeur.

Mais le cœur du livre concerne l’émergence et le rayonnement de l’analyse numérique. Il retrace bien la montée en puissance du groupe français et international de chercheurs dans ce domaine et la reconnaissance par tous les mathématiciens de cette branche des mathématiques appliquées. Au fil des pages, on découvre aussi les interactions entre l’analyse numérique et de nombreux domaines industriels et stratégiques, tels que l’aéronautique, l’énergie, la défense.

Tout ceci a été réalisé grâce à la fécondité scientifique de Jacques-Louis Lions et aussi grâce à son talent extraordinaire de directeur. Il a su faire coopérer au niveau international plusieurs équipes, faire interagir mathématiques et informatique, dialoguer avec les instances politiques, démontrer aux industriels l’intérêt des modèles mathématiques.

Jocelyne Erhel

Qui a inventé l'ordinateur ?

Les Cahiers de Science et vie n° 36, décembre 1996

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Bien documenté, bien illustré, ce numéro des Cahiers de Science et vie est vraiment une référence en ce qui concerne l'histoire de l'apparition des premiers ordinateurs. On y parle d'Alan Turing pour les fondements de l'informatique, de Charles Babbage et de sa machine qui a « presque » fonctionné, de John Von Neumann qui inventa l'architecture des ordinateurs, de Hollerith et de la première machine à « ordonner » l'information. Un document à plusieurs mains et sans parti pris qui prend la responsabilité de dire qui doit rester dans la mémoire de l'histoire de l'informatique. À demander à votre bibliothécaire !

 

Erdös, l'homme qui n'aimait que les nombres

Paul Hoffman (Éditions Belin, 2000)

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Le mathématicien Paul Erdös (1913-1996) fut si prolifique — il a signé ou co-signé plus de 1 400 articles — que ses collègues et amis ont défini la distance d'Erdös : si on a publié avec Erdös, on a un nombre d'Erdös de 1 ; si on a publié avec quelqu'un qui a publié avec Erdös, on a un nombre de 2... Mathématiciens bien sûr, mais aussi informaticiens, économistes ou encore biologistes, des scientifiques de toutes disciplines peuvent ainsi afficher leur nombre d'Erdös.

En quoi Erdös était-il si particulier ? Consacrant sa vie aux mathématiques, sans maison, ni femme, ni enfant, il voyageait de par le monde. Sans cesse à la recherche de problèmes et de solutions, il décidait de s'installer chez un (ou une) collègue qui lui semblait prometteur. Tous deux travaillaient alors ensemble, nuit et jour, sous caféine (au moins) et produisaient un ou plusieurs articles. L'hôte épuisé, ou une conférence à venir, finissait toujours par renvoyer Erdös vers un autre endroit du globe. C'était un grand poseur de problèmes (il offrait même parfois de l'argent à la clé) et un grand résolveur de problèmes, avec un constant souci de l'élégance des démonstrations (les plus élégantes étant nommées « sorties du Livre », ce livre étant censé contenir les meilleures démonstrations de tous les théorèmes).

Sans s'appesantir sur les mathématiques, cette biographie décrit un homme génial, mais dont le sens pratique fut faible (de nombreuses anecdotes en témoignent).

Sylvie Boldo


Ada de Lovelace et la Programmation informatique

Jean-Paul Soyer (Éditions du Sorbier 1998)

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Pour comprendre ce que fut la vie d’Ada comtesse de Lovelace, il faut saisir à quel point le fait d’être, dans cette Angleterre du XIXe siècle, la fille du poète aventureux, immoral, indépendant et passionné Lord Byron peut forger un destin. Ce court livre très illustré, destiné aux lycéens, et au-delà, le raconte clairement. Mais avant tout, c'est la pensée d'Ada Lovelace qui est mise à la portée des jeunes lecteurs. Elle qui a déjà compris quelle sera la place de l’informatique : « la machine analytique n’a nullement la prétention de créer quelque chose par elle-même. Elle peut exécuter tout ce que nous saurons lui ordonner d’exécuter [...] Son rôle est de nous aider à effectuer ce que nous savons déjà dominer. »


Trop belles pour le Nobel

Nicolas Witkowski (Points Seuil 2007)

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Du sexisme crasse, pour qui « il n'est pas décent pour une femme de révéler les secrets de la nature », à la maladroite mise en exergue d'une « extraordinaire » Marie Curie, induisant le message décourageant de « tu seras Nobel ou rien, ma fille », l'auteur, sur le mode de l'anecdote puisée dans une bibliographie rigoureuse, nous montre combien nous nous amputâmes et nous amputons de la moitié féminine de la science. On y croisera, pour les sciences liées au numérique, Ada Lovelace et Emmy Nother, et bien que Grace Hopper soit absente de ces lignes, l'auteur, non sans préciser avec humour que bien que de sexe masculin il n'a pas le Nobel, offre un travail complet de détricotage des mythes qui firent de ces femmes des curiosités de la nature (quand ce n'était pas des muses, voire des potiches). Une fracture encore bien actuelle.


Les femmes et la science

Gérard Chazal (Ellipses 2006)

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C'est bien la mixité des genres qui aide à créer la mixité des idées et l'ouverture... dans les sciences comme dans toutes les activités humaines. Très souvent, les collègues féminines apportent un regard neuf, plus ouvert et moins « mécaniste » aux disciplines scientifiques qui les accueillent. Certes il n'est pas toujours facile d'être une femme scientifique ! Il n'y a encore pas si longtemps, l'usage voulait qu'elles publient sous un nom d'emprunt... masculin. Pourtant, toutes ces femmes ont ajouté à leur génie le courage de leur lutte pour s'imposer dans le monde masculin des sciences. C'est à ces femmes remarquables que ce livre est consacré, à leurs apports éminents aux savoirs de l'humanité, aux obstacles culturels, idéologiques et sociaux qu'elles ont dû vaincre.

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