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    En quête de lectures éclairantes ou inspirantes pour vos vacances ?

    Culture & Société
    Voici nos recommandations de lectures pour vous occuper sainement l'esprit durant cet été 2024. À consommer sans aucune modération !

    Python

    Nathalie Azoulai (Éditions P.O.L, janvier 2024)

    La narratrice de ce roman, l’autrice peut-être, est intriguée par le fils d’un ami qui, alors que tout le monde se détend, se tient à l’écart pour coder. Elle est surtout fascinée par les liens qu’elle pressent entre l’écriture de code informatique et l’écriture littéraire. Elle décide de se former et d’apprendre le langage de programmation Python qui donne son titre au roman. Le récit joue sur les stéréotypes, aussi bien celui du geek incompréhensible pour le commun des mortels que celui de la littéraire dont la réflexion, fantasque et sans structure, s’emballe et diverge en permanence.

    Mais Nathalie Azoulai découvre vraiment l’informatique et nous fait partager son apprentissage, passé au prisme de sa vision de littéraire. On apprend la représentation binaire des données, quelques éléments de programmation et de Python, on voit même passer la formule à la base du PageRank de Google. On fait aussi la connaissance romancée de quelques grandes figures de l’informatique, telles que Grace Hopper, John von Neumann ou Guido van Rossum qui a créé le langage Python.

    En tant que personne à l’aise avec la programmation — à la différence de l’autrice — j’ai été à la fois amusée par cette sensation d’être observée telle une bête curieuse et curieuse de découvrir ce que l’on ressent « de l’autre côté » de cette barrière invisible que serait la littératie informatique. J’ai plongé dans le roman au point d’être un peu agacée par la narratrice qui n’ose pas, elle, plonger dans la programmation, sauter le pas et écrire son premier code. J’ai surtout été surprise par les liens inattendus que fait l’autrice entre certains éléments d’informatique auxquels je ne prête même plus attention et d’autres éléments souvent empruntés au cinéma. En particulier, pour la narratrice, le nom « Python » évoque Marlon Brando dans « L’homme à la peau de serpent » et elle trace des parallèles entre ces deux univers… Si vous voulez vous aussi voir apparaître en surimpression, à chaque fois que vous programmerez en Python, cette image de Marlon Brando et sa veste en peau de serpent, lisez « Python » de Nathalie Azoulai.

    Nathalie Revol

    Matheuses – Les filles, avenir des mathématiques

    Clémence Perronnet, Claire Marc et Olga Paris-Romaskevitch (CNRS Éditions, janvier 2024)

    Le titre a de quoi surprendre et provoquer la curiosité. La forme aussi est inhabituelle, largement illustrée et colorée, avec des textes brefs et une large part laissée à l’expression des personnages. Le fond est néanmoins riche et solidement construit.

    Le point de départ est le stage de mathématiques Les Cigales, à destination de lycéennes et organisé, deux fois par an, depuis cinq ans à Marseille. Deux sociologues ont profité de ces stages pour observer et interroger les participantes. Ce livre rapporte leurs résultats, les explique et fournit les ressources qui permettent d’approfondir et d’étayer les phénomènes observés. Les personnages du livre sont des condensés de lycéennes et permettent d’illustrer les différents profils présents.

    On retrouve l’expérience, commune à toutes les participantes, du sexisme, en mathématiques en particulier : comme ce sexisme n’est pas brutal ni frontal, les lycéennes ressentent un malaise diffus et difficile à expliquer… et finissent par s’en attribuer l’entière responsabilité : « mon seul mérite, c’est de travailler. J’ai pas d’intelligence, pas de talent, rien. », « j’ai des problèmes de confiance en moi, je suis très très angoissée », « j’ai beaucoup tendance à me rabaisser moi-même ». Le chapitre intitulé « Pourquoi les filles ont-elles moins confiance en leurs capacités en maths que les garçons ? » explique clairement les mécanismes à l’œuvre et permet de soulager le poids de ce malaise. Mais c’est mon sentiment de colère contre l’injustice qui s’éveille alors.

    Le livre met en lumière les autres formes de discrimination présentes dans la société en général et dans la société mathématique en particulier : discrimination de classes sociales et racisme. Sans complaisance, il illustre aussi le fait que ces discriminations, inconscientes, sont exercées par les participantes entre elles.

    La lecture de ce livre est donc salutaire pour toutes les filles et les femmes qui pourront prendre conscience des inégalités dont elles sont victimes, afin de pouvoir les combattre. Car même le milieu de la recherche, que l’on pourrait — naïvement — espérer être plus éduqué et plus affranchi de ces problèmes, n’en est pas exempt, loin de là : si 30 % des femmes françaises actives déclarent avoir été harcelées sexuellement (sondage IFOP 2019), ce pourcentage monte à 49 % pour les chercheuses, soit une sur deux !

    Cette lecture est également salutaire pour tous les garçons et les hommes qui souhaitent un monde plus juste, elle les aidera à prendre conscience de ce que vivent et ressentent les femmes et à comprendre quels comportements, souvent présentés comme « des blagues », sont néfastes en particulier par leur répétition. Quant à ceux qui ne souhaitent pas remettre en cause leur position dominante, leur confort pourrait bien être de courte durée : « Claque dans ta tête, tu verras si j’ai pas de force ! », c’est ce que leur réserve l’une des lycéennes présentées.

    Enfin, pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent allier cette réflexion à la réflexion mathématique, chaque chapitre se clôt par un thème mathématique à explorer, par des défis qui sont des questions ouvertes.

    Bravo aux autrices pour ce livre grâce auquel j’ai beaucoup appris et compris ce qui se joue en mathématiques entre les humains qui les pratiquent.

    Nathalie Revol

    Intelligences artificielles : de la théorie à la pratique – Modèles, applications et enjeux des IA

    Jean-Paul Haton, Emmanuel Haton, Marie-Christine Haton (Éditions Dunod, novembre 2023)

    Ce livre offre un panorama actuel et assez complet de l’intelligence artificielle.
    La première partie est celle qui m’a le plus intéressée. Les auteurs y décortiquent les différentes sortes d’intelligence artificielle qui se sont succédées : systèmes experts, réseaux neuronaux, IA générative en particulier. La deuxième partie porte sur les champs d’applications de l’intelligence artificielle, du traitement de la langue naturelle à la vision et jusqu’aux véhicules autonomes. Pour chacun de ces domaines applicatifs, les difficultés spécifiques sont clairement mises en avant puis un aperçu des approches techniques est fourni, de façon accessible.

    La dernière partie m’a beaucoup appris et donné à réfléchir, elle porte sur les enjeux des utilisations de l’IA. Enjeux économiques pour commencer, enjeux éthiques ensuite, avec un accent sur la protection des données personnelles et sur les questions de transparence des algorithmes et de possibilités de surveillance des individus.
    La notion d’intelligence artificielle forte, avec ses différentes caractéristiques, telles que le bon sens, l’accès aux émotions ou à la conscience, est rapidement discutée.

    L’ouvrage se termine en nous invitant à la vigilance, que nous soyons scientifique de l’IA ou simple citoyen ou citoyenne : la maîtrise de l’évolution de l’IA est notre affaire à tous et à toutes. La lecture de ce livre est indispensable à quiconque souhaite cherche les moyens de comprendre où nous en sommes et quels sont les enjeux à venir.

    L’article de Jean-Paul Haton, « L’intelligence artificielle : hier, aujourd’hui… et demain » offre une version résumée du propos et donne un avant-goût du style de l’ouvrage, clair et accessible.

    Nathalie Revol

    Petit dictionnaire illustré des femmes scientifiques – 110 noms, d’Hypatie aux récentes nobélisées

    Adeline Crépieux (Éditions Ellipses, juin 2023)

    Tant que l’on n’entre pas dans les raisons, tout le monde s’accorde à constater la faible visibilité historique des femmes scientifiques. En forçant le trait jusqu’à la caricature provocante, quelle forêt derrière l’arbre Marie Curie ?

    L’auteure, Adeline Crépieux, est une physicienne expérimentée en physique théorique qui depuis dix ans a lu la copieuse bibliographie qu’elle nous donne à la fin de son livre. Celle-ci mentionne des livres en histoire des sciences et des biographies qui exposent de multiples vies et réalisations de femmes scientifiques. De ses lectures, elle a sélectionné pour son dictionnaire 110 femmes dont elle brosse pour chacune un portrait sur une à quatre pages parfois accompagné de photos.

    Chaque entrée est susceptible d’aborder l’entourage de l’impétrante, la naissance de sa passion pour une science, sa formation (majoritairement dans l’enseignement supérieur), les conditions de sa carrière, ses réalisations et leurs impacts, et enfin les formes de reconnaissance obtenues au sein de la communauté scientifique. Les domaines abordés sont, par ordre alphabétique comme il se doit ici, l’astronomie, la biologie, la chimie, l’informatique, les mathématiques et la physique. Hormis Hypatie un peu isolée dans l’Antiquité, ces femmes vécurent principalement entre le 17e siècle et nos jours : on y retrouve par exemple Maryna Viazovska, la médaillée Fields de 2022, mais pas la trop récemment nobélisée Anne L’Huillier, prix Nobel de physique 2023.

    J’ai apprécié la lecture de ce dictionnaire, chaque portrait étant l’occasion d’apporter une touche au tableau général de cette forêt de femmes qui ont contribué aux progrès de la science. Elles sont susceptibles d’être des modèles inspirants d’autant que les textes me semblent accessibles aux jeunes (sinon j’en profite pour demander pardon à ma nièce collégienne pour son cadeau d’anniversaire). J’ai souvent trouvé les réalisations efficacement vulgarisées. La forme de dictionnaire impose bien sûr quelques redites pour contextualiser ces portraits à travers les âges mais ma lecture linéaire, en plusieurs séances, ne s’en est pas trouvée alourdie. La riche bibliographie en fin d’ouvrage recensant aussi bien des livres que des BD ou des films invite à poursuivre ces traces historiques de femmes scientifiques.

    Yvan Le Borgne

    La Guerre des nombres premiers – Maths, éco, crypto : ils sont sur tous les fronts

    Yan Pradeau (Éditions Flammarion, mai 2023)

    Il ne faut pas s’arrêter au titre et encore moins au sous-titre ! Les deux auraient plutôt tendance à me faire fuir, et ne représentent aucunement le contenu très agréable du livre. Il n’y est, sauf erreur de ma part, jamais question d’économie… Il s’agit principalement de l’histoire de la recherche sur les nombres premiers, depuis l’Antiquité. S’entremêlent des biographies succinctes des principaux acteurs (peu d’actrices malheureusement) et leurs contributions principales. Les premiers chapitres sont peut-être un peu poussifs, mais dès qu’on atteint Mersenne au XVIe siècle, le livre devient très fluide et se lâche difficilement.

    La question qui dirige une bonne partie du livre est : pourquoi donc les mathématiciens et mathématiciennes s’intéressent-ils aux nombres premiers depuis tout ce temps, et pourquoi reste-t-il encore des questions après toutes ces années ? Si la réponse peut paraître évidente pour les personnes travaillant dans le domaine, elle permet sans doute à des lecteurs ou lectrices moins avertis de toucher du doigt la nature de la recherche mathématique. Le livre explique également de manière très accessible la tension entre hasard et régularité qui existe dans la répartition des nombres premiers : on peut à la fois justifier que leur apparition n’obéit à aucune règle et en même temps estimer précisément où ils se trouvent… Enfin, l’aspect historique est très intéressant : on perçoit le temps long nécessaire à la maturation d’idées afin qu’elles deviennent suffisamment évidentes pour pouvoir aller au-delà.

    Bruno Grenet

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