C'était hier

Enigma

Est-ce une antique machine à écrire ? Non point ! Sous cette apparence trompeuse se cache la clé des secrets de la Seconde Guerre Mondiale.

Enigma se présentait sous la forme d'une machine à écrire portable. De dimensions modestes, elle rentrait dans une valise. Cette machine fonctionnait avec une pile de 9 volts. Elle était composée d'un clavier typographique de 26 touches, au-dessus duquel se trouvait un tableau de 26 ampoules correspondant aux 26 lettres de l'alphabet.

une machine enigma
Une machine Enigma à 3 rotors (modèle utilisé par l'armée allemande)
Photo © Tom Perera - Musée virtuel d'Enigma.

Pour chiffrer ses messages, la Marine de guerre allemande introduisit les Enigma en 1926 ; l'Armée de Terre le fit deux ans plus tard.

La machine Enigma était à même de transformer chaque phrase du message d'origine en plus de 1016 séquences de lettres différentes.

D'ordinaire, deux personnes assuraient le fonctionnement de la machine : tandis que l'une tapait les lettres du message en clair sur le clavier, l'autre notait les lettres du message chiffré, dont les ampoules s'éclairaient l'une après l'autre sur le tableau.

La restitution d'un message chiffré en message clair opérait au moyen d'une clé. Dans le cas d'Enigma, cette clé indiquait le réglage de départ des mécanismes de la machine émettrice. Puisque le codage était réversible, seule la connaissance de la configuration initiale des rotors, du réflecteur, du câblage et du tableau de connexions de l'Enigma, permettait d'obtenir le message clair en tapant les lettres de la séquence codée.

Les premiers vainqueurs de l'Enigma

Les cryptologues Marian Rejewski, Jerzy Rózycki et Henryk Zygalski travaillaient depuis 1929 pour l'Etat-major Général de Pologne. En décembre 1932, Rejewski parvint à reconstituer les mécanismes de l'Enigma, en utilisant la théorie des permutations. Dès 1934, les cryptologues polonais furent à même de déchiffrer couramment la correspondance allemande. Immédiatement avant la guerre, entre le 24 et le 26 juillet 1939, les Polonais remirent aux Alliés deux reconstitutions de la machine Enigma (l'une pour les Français, l'autre pour les Anglais), ainsi que l'ensemble de leurs découvertes concernant le décryptage.

vue d'une Bombe de Turing
Une Bombe de Turing
Cette machine de déchiffrement fut produite à plus de 200 exemplaires, mais aucun n'a été conservé. Photo © Bletchley Park Trust

C'est sur la base de ces documents qu'ont été construites les machines de déchiffrement du Bletchley Park. Dans ce centre gigantesque de décryptage travaillaient entre autres Gordon Welchman et le génie des mathématiques Alan Turing, que les cryptologues polonais rencontrèrent en 1940.

Les machines de déchiffrement mises au point par Turing, appelées aussi « Bombes de Turing », en mécanisant le processus de déchiffrement, l'accéléraient considérablement. Les Allemands perfectionnèrent presque sans discontinuer leurs machines Enigma, mais les Anglais firent fabriquer les « Bombes » en série et réussirent ainsi à faire du décryptage des messages codés une véritable industrie.

Si les Alliés n'avaient pas été capables de décrypter les messages Enigma à la veille de la Bataille d'Angleterre et de la Bataille de l'Atlantique, ils auraient essuyé un échec fatal. En effet, Hitler avait coutume de diriger en personne les opérations de guerre : il le faisait au moyen de la radio, qui transmettait ses ordres chiffrés par Enigma. C'est donc la connaissance du code de l'Enigma qui décida du résultat de la Seconde Guerre Mondiale.

Un secret sous très haute surveillance

Après la guerre, les messages Enigma eurent encore longtemps la réputation d'être indéchiffrables, si bien que les machines furent achetées par des gouvernements et de grandes sociétés industrielles. Le fait que le code de l'Enigma avait été rompu fut longtemps gardé secret. Ce ne fut qu'en 1973 qu'un Français, Gustave Bertrand, publia l'histoire du déchiffrement du code de l'Enigma par les Alliés, en soulignant le rôle clé des Polonais dans cet exploit.

Chiffrer un message avec Enigma

Cette applet réalisée par Andy Carlson simule une machine Enigma à 3 ou 4 rotors.
Sur l'image figurent de bas en haut : le clavier, le tableau des ampoules, le cadran qui montre la position des rotors. Pour entrer votre texte, tapez sur votre clavier ou cliquez sur les touches de la machine (sur l'image). Sur la droite, le texte que vous saisissez s'affiche en haut, le texte chiffré en bas.
Pour modifier la configuration de la machine, cliquez sur Préférences ; pour modifier le modèle de machine simulée, cliquez sur Préférences avancées.

 

Merci à Katarzyna Wasilewska pour l'aide qu'elle a apportée à la rédaction de ce document.
Ce document est adapté d'un dépliant édité par l'Ambassade de Pologne à Paris, à l'occasion de la présentation d'une machine Enigma lors de la Fête de la Science 2004, avec son aimable autorisation.

Pour en savoir plus sur Enigma.

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