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Jeu des 7 familles de l'informatiques : les femmes © Inria
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    Histoire du numérique

    Les oubliées du numérique

    Isabelle Collet (Le Passeur Éditeur, septembre 2019)

    Dans son livre, Isabelle Collet explore les explications des phénomènes qui ont conduit, selon les époques, à l’occultation des femmes du numérique ou à leur faible représentation. Les premiers chapitres posent l’état des lieux et balaient la thèse, non étayée scientifiquement, d’une incompatibilité des femmes avec le numérique, pour revenir sur la « division socio-sexuée des savoirs » dans l’Histoire. Les chapitres suivants reprennent les thèmes de prédilection de l’auteure abordés dans son ouvrage de 2006, « L’informatique a-t-elle un sexe ? Hackers, mythes et réalités ». Ensuite un bref rappel historique montre que les femmes n’ont pas toujours été absentes de l’informatique, loin de là, avec les premières calculatrices et programmeuses au milieu du XXe siècle (et même plus tôt). Cependant, au fur et à mesure que la discipline devient plus prestigieuse, la proportion de femmes en informatique diminue et Isabelle Collet propose des explications à ce phénomène, avant d’étudier les moyens de le contrer. Le livre se conclut par des questions spécifiques autour de l’intelligence artificielle.

    On pourrait s’arrêter là mais je vous propose — sans trop en dévoiler — d’aller un peu plus loin dans notre analyse. Cet ouvrage a pour optique d’étudier et de contrer la faible représentation des femmes en sciences et particulièrement en science informatique, qui est une inégalité puisque la maîtrise et la mainmise sur les sciences et technologies, numériques ou non, est une forme de domination. Sa lecture est vivifiante à double titre.

    Tout d’abord, il commence par un chapitre plaisamment intitulé « Formation à l’autodéfense intellectuelle », où l’on découvre que la façon de considérer les choses n’est pas anodine. Reprenons un exemple du livre. « Voilà notre premier exercice d’autodéfense intellectuelle, posture critique qui fera l’objet du premier chapitre. Si on en reste au pourcentage, il est tentant de dire que les femmes se détournent de l’informatique, s’en désintéressent, quittent le secteur… Quand on regarde les effectifs bruts, on constate plutôt que ce sont les hommes qui y viennent en masse. » Le choix des mots n’est pas plus anodin : quand on dit que l’on vise à atteindre l’égalité femmes-hommes, on signifie que l’on veut faire disparaître l’inégalité, et non, comme certains le rétorquent, les différences entre les femmes et les hommes.

    Un autre aspect stimulant de ce livre est le contre-pied de l’approche souvent préconisée, en tout cas souvent utilisée, pour défendre l’égalité femmes-hommes sans froisser quiconque : procéder tout en « douceur féminine », symétriser les situations en montrant que les hommes aussi sont victimes des stéréotypes qui les tiennent par exemple éloignés des métiers de l’éducation ou du soin, et enfin, faire peser le poids des inégalités sur les épaules des femmes qui s’autocensureraient. Or, lutter pour l’égalité femmes-hommes requiert de reconnaître que la situation n’est pas symétrique et de s’attaquer aux raisons réelles de l’inégalité. Si la censure sociale est la cause du problème, il est improductif de former les femmes à ne plus s’autocensurer puisque ce qui est à l’œuvre relève de la discrimination. De même, si c’est le poids du regard des autres, plutôt que leurs préoccupations et leurs centres d’intérêt personnels, qui retient certaines adolescentes de s’orienter vers les métiers scientifiques et techniques, il est contre-productif de « peindre la Tech en rose », de l’associer de force aux caractéristiques supposées être féminines comme l’intuition ou l’empathie, ou aux goûts supposés être féminins comme la mode.

    Certes, reconnaître l’existence des inégalités pour les combattre est inconfortable précisément quand on en bénéficie, mais c’est à ce prix qu’on pourra les combattre efficacement. Isabelle Collet propose une stratégie, à plusieurs niveaux, pour avancer dans cette voie. Empruntons notre conclusion à Virginia Woolf : « L’histoire de la résistance des hommes à l’émancipation des femmes est encore plus instructive que l’histoire de l’émancipation des femmes. »

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    Nathalie Revol

    Chargée de recherche Inria dans le projet AriC, au LIP, École Normale Supérieure de Lyon.

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