Lire & Voir : Les sciences du numérique pour les plus jeunes
Les filles sont parfaites pour les sciences !

Anne Haguenauer, Vincent Moncorgé, Clémence Perronnet, Isabelle Vauglin (Éditions MKF, octobre 2025)
Le point de départ de « Les filles sont parfaites pour les sciences » est l’exposition « La science taille XX Elles », portée par l’association Femmes et Sciences. On y retrouve 48 portraits de femmes scientifiques : les photographies de Vincent Moncorgé les montrent belles, diverses, pleines de fantaisie, d’humour et souvent d’auto-dérision, et toujours lumineuses, et pour chaque femme la photo est accompagnée d’un court texte.
Mais le livre va beaucoup plus loin. J’ai aimé sa structure, claire et convaincante, en trois parties. Tout d’abord il donne un état des lieux et en même temps une perspective historique qui montre qu’il y a toujours eu des femmes scientifiques, malgré les obstacles, malgré l’effacement de leur contribution, et que la situation actuelle ne leur est toujours pas favorable. Une deuxième partie insiste sur la diversité des profils, des parcours, des métiers et des façons de l’exercer. La dernière partie fait le lien avec l’engagement de ces femmes scientifiques pour « un monde meilleur » et leurs contributions dans le domaine de la préservation de l’environnement, d’un numérique plus éthique, de la santé…
Rédigés par Clémence Perronnet (également autrice de La bosse des maths et co-autrice de Matheuses – Les filles, avenir des mathématiques), des textes de chapitres courts et clairs expliquent les différentes notions mentionnées et donnent des coups de projecteur sur certains faits significatifs, avec à chaque fois la référence complète de la source.
Bien sûr, on retrouve de nombreux portraits de femmes travaillant dans le numérique dans la partie consacrée à l’intelligence artificielle et au numérique éthique, mais d’autres portraits d’informaticiennes et de mathématiciennes sont égrenés tout au long de l’ouvrage : elles sont 12 parmi les 48 femmes présentes.
J’ai apprécié aussi les portraits et interviews plus longs réalisés par Stéphanie Prouvost. En 2 à 3 pages, ils permettent de faire plus ample connaissance avec la scientifique qui détaille son travail sans jargon, en le replaçant dans son objectif global, ainsi que son parcours et ses réflexions qui illustrent le sujet abordé : par exemple pour illustrer le besoin de diversité dans le domaine de la santé, une scientifique évoque ses travaux sur l’étude des effets des traitements médicaux sur les femmes aussi.
Bref, j’ai aimé rencontrer ces femmes scientifiques d’aujourd’hui, leurs difficultés qui ne sont pas éludées et leur optimisme contagieux. Je conclurai par l’un des titres de sous-chapitres : « Une pour toutes, toutes pour une ! » : que ce livre informe et donne envie, à toutes et à tous, de s’interroger voire même de s’engager dans une démarche ou des études scientifiques.
L’après
Padraig Kenny (Éditions Lumen, mai 2025)
Ce roman de Padraig Kenny est une belle amorce pour échanger avec les plus jeunes autour des thématiques de l’intelligence artificielle, de la robotisation, des interfaces humains-machine et sur les (potentiels) impacts sociétaux que cela peut engendrer. On y retrouve également des questionnements écologiques, autant sur l’impact des robots que sur celui des humains sur la planète. Nous sommes plongés dans un univers post-apocalyptique suite à une rébellion de certaines machines (les « mékas ») contre les humains. Jen, une jeune adolescente survit et explore son environnement avec son père, un androïde doté d’une Intelligence Artificielle (IA) : un secret qu’ils gardent précieusement. Dès le début et tout au long du livre on s’interroge : le véritable danger vient-il des machines ou bien de celles et ceux qui les créent ?
Cette lecture fut une belle surprise, facile à lire et bien écrite ! On y découvre les réflexions profondes d’une ado sur des évolutions et progrès technologiques, empreintes d’émotion et d’humour notamment quand Jen essaie d’expliquer le concept d’une blague à son père ! En bref, je conseille cet ouvrage qui s’inscrit pleinement dans l’actualité, notamment aux parents qui souhaitent sensibiliser leurs enfants sur ces sujets et qui ne savent pas trop comment s’y prendre pour engager la discussion.
Recommandation de lectorat à partir de 10 ans par Lumen – 260p.
Utop’IA
Herji, Learn – EPFL (Presses Polytechniques Romandes, mai 2025)
La bande dessinée Utop’IA a été réalisée par le dessinateur HERJI pour l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL). Elle met en scène deux étudiants d’une université suisse, Aïcha qui débute ses études de master en intelligence artificielle et son ami Félix, beaucoup plus réservé quant aux promesses que nous réserve cette technologie. Ils font appel à l’excentrique professeure Eliza, experte en intelligence artificielle, pour tenter de répondre à leur question : l’IA est-elle utile pour répondre à la crise climatique ?
La professeure Eliza les emmène à Utop’IA où une ambassadrice de l’IA les accueille et leur vante les mérites d’un monde où l’IA est reine, puis ils vont découvrir l’envers du décor et les aspects plus terre à terre de l’IA, qui n’est pas aussi immatérielle qu’on voudrait nous le faire croire.
Destinée en priorité aux ados, cette BD a été pensée comme un outil de discussion pour les enseignantes et enseignants du secondaire. Elle nous invite à (re)-prendre en main l’IA et ses usages pour qu’ils soient, sinon bénéfiques, a minima sous contrôle, régulés et au profit du plus grand nombre.
Pour celles et ceux qui sont déjà sensibles à ces questions, cette BD n’apprendra probablement pas grand chose. Elle n’est certes pas un exposé exhaustif et chiffré des avancées que peut apporter l’IA et de ses dangers. Elle a cependant le mérite de mettre en lumière de nombreuses questions. Elle aborde le sujet des mines où sont extraites les « terres rares » nécessaires pour produire les composants électroniques, sans accuser l’IA d’être la seule cause de leur consommation effrénée : elle montre les conséquences de cette extraction sur les humains exploités et de la pollution sur leur environnement. La question du recyclage, non prise en compte dès la conception et donc encore très marginale, est étayée par des chiffres peu réconfortants. La multiplication des data centers, qui utilisent les données pour entraîner les IA, est citée également, avec sa voracité en matériel électronique et les efforts pour limiter leur consommation énergétique… afin de réduire la facture des exploitants plus que par souci écologique. La question de l’effet rebond est également bien traitée.
Le dessin est simple et convaincant, les choix de palettes de couleurs permettent de s’y retrouver facilement dans les différents univers, l’excentricité de la professeure Eliza apporte une touche d’humour. Le propos est bien structuré et couvre les questions essentielles. La conclusion tente d’inciter à l’action et à la prise en main citoyenne des différents enjeux. Cette BD vous fera passer un agréable moment tout en étant instructive et son PDF est téléchargeable gratuitement sur le site EPFL Press (PDF).
Audacieuses !
Leïla Bessila, Romane Cologni, Lucie Cros (Éditions EDP Sciences, Hors collection, mars 2025)
Quel pourrait bien être le lien entre les lasers ultra-rapides, la ceinture verte, l’étude des surfaces courbes, le comportement des chimpanzés, la double hélice de l’ADN, le wifi, le GPS, les nouvelles variétés de cannes à sucre, la conquête de l’espace, la gestion de nos connaissances et la découverte de particules fondamentales ?
Dans cet inventaire à la Prévert de sujets scientifiques, on trouve au moins un point commun : tous ces domaines ont connu des avancées majeures grâce à de remarquables femmes scientifiques. C’est ce que nous apprend le petit livre illustré « Audacieuses » qui rend hommage à dix femmes scientifiques dont les contributions majeures ont parfois été invisibilisées par l’Histoire et les hommes.
À travers dix portraits sensibles et illustrés au crayon qui s’insèrent dans des textes volontairement simplifiés pour être accessibles, l’ouvrage présente, en quelques pages par femme, leurs parcours, leurs domaines, leurs découvertes et leurs impacts sur les sciences et la société. Ce livre, qui fait suite à l’exposition itinérante « Lumière sur les Femmes de Sciences » et est préfacé par Françoise Combes, présidente de l’Académie des Sciences pour la période 2025-2026, répond au besoin de proposer des modèles féminins aux jeunes générations, dans un monde où, malgré des progrès, les stéréotypes de genre persistent dans nos filières professionnelles en général et dans certains domaines scientifiques en particulier.
Chaque portrait est accompagné d’une explication pédagogique de la découverte ou de l’invention et enrichi d’une citation inspirante de la scientifique. Même si l’on peut parfois regretter certains passages trop simplifiés, cela n’enlève rien à l’intérêt de cet ouvrage. Ainsi, « Audacieuses » est à la fois un hommage touchant, un outil pédagogique, et un manifeste pour encourager toutes et tous à oser s’engager dans les sciences et à suivre, par exemple, les pas de notre collègue Rose Dieng-Kuntz que l’on prend plaisir à retrouver dans ces portraits ou encore d’autres scientifiques de renom comme Maryam Mirzakhani et Hedy Lamarr pour ce qui touche à nos domaines.
À mettre dans toutes les mains ; à commencer par les plus jeunes !
Les Décodeuses du numérique
Léa Castor, Célia Esnoult, Laure Thiébault (CNRS Éditions, septembre 2021)
Cette BD propose douze portraits de femmes.
Curieuses, créatives, passionnées par leur métier.
Baroudeuses, ouvertes aux autres et au monde.
Exploratrices des interactions avec d’autres disciplines et des applications de leurs travaux.
Ces douze femmes, de toutes origines, de tous âges, de tous les coins de France, ont un point commun : elles sont informaticiennes.
Bien loin des lieux communs sur les informaticiennes et les informaticiens,
Bien loin de la rigueur sans fantaisie, de la froide logique, de la patience et même de l’abnégation que l’on associe souvent aux métiers de l’informatique,
Ces femmes sont joyeuses, solidaires, engagées : en un mot, vivantes.
C’est ainsi que les montre cette BD qui donne envie de les rencontrer et de partager leur enthousiasme communicatif.
Pour cela, rien de plus simple : plongez-vous dans la BD « Les Décodeuses du numérique », dessinée par Léa Castor, pilotée par Célia Esnoult et Laure Thiébault et parue chez CNRS Éditions, disponible en version papier ou ici.
Cette BD a reçu la Médaille de la médiation scientifique du CNRS 2022.
L’affaire Olympia. Les secrets mathématiques, de T. Folifou
Mickael Launay (Éditions le Pommier, réédition 2019)
Que viennent faire Apolline, Pierrot et leur père sous des trombes d’eau en ce 29 octobre devant la tombe d’Henri Poincaré ? Ils respectent les dernières volontés de leur ancêtre : y passer 3 minutes et 14 secondes tous les vingt-neuvièmes jours du dixième mois. Cela n’a aucun sens mais dans une famille un peu excentrique, cela ne choque pas grand monde. Mais après dix ans sans fait notable, les deux enfants décident d’enquêter pour découvrir pourquoi leur ancêtre, Théodore Folifou, leur a fait cette demande farfelue.
Aidés par leur grand-mère, dont l’excentricité n’a d’égal que le goût pour les énigmes, Apolline et Pierrot vont se lancer dans une aventure à travers Paris pour comprendre ces dernières volontés. Au cours de leur enquête, les trois personnages nous emmènent dans des lieux emblématiques de Paris comme le Louvre ou les arènes de Lutèce, mais ils vont également voyager au pays des mathématiques. Au fil des énigmes on parle de calcul d’aire, de dénombrement, de pavages ou d’équations. Le mélange des deux trouve un habile équilibre : le côté mathématique est réel, ce n’est pas du saupoudrage — ce qui n’est guère étonnant de la part de l’auteur Mickael Launay — mais le côté romancé prend également toute sa place. On se laisse porter avec Apolline, Pierrot et leur grand-mère, dans leurs rencontres plus ou moins heureuses, dans la découverte d’une académie secrète. Sauront-ils résoudre à temps toutes les énigmes et découvrir qui se cache derrière cette académie Olympia ? Vous le découvrirez en vous plongeant dans l’Affaire Olympia, à déguster soi-même ou à offrir, à des curieux à partir de 12 ans environ.
Mickael Launay, créateur de la chaîne Youtube Micmaths où il vulgarise avec brio des thèmes mathématiques divers, est également auteur de plusieurs livres de vulgarisation mathématiques comme « Le grand roman des maths », ou plus récemment le « Dictionnaire amoureux des mathématiques ». L’affaire Olympia est son premier roman destiné à un plus jeune public.
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