Les Newsletters Interstices
    Niveau intermédiaire
    Niveau 2 : Intermédiaire

    Utilisation pédagogique des technologies de l’information : l’exemple des classes préparatoires aux grandes écoles

    Cet article est devenu obsolète, de par son contenu ou sa forme, il est donc archivé.

    Non classé
    Des STIC (sciences et technologies de l'information et de la communication) aux TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement), les technologies de l'information et de la communication sont un enjeu important pour l'enseignement supérieur, notamment pour les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), ou « prépas », dont on parle ici. Au-delà de l'enseignement de l'informatique en tant que discipline, et de la sensibilisation aux problématiques liées à l'usage de l'Internet, tous les étudiants et tous les professeurs de CPGE, des classes scientifiques, économiques ou littéraires, sont concernés par l'utilisation pédagogique des TICE.
    une classe prépa

    Une classe « prépa » (ici au lycée Les Eucalyptus à Nice).

    À travers la lecture de quelques faits, ce document fait le point sur les technologies de l’information dans l’enseignement supérieur, et plus précisément en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) : des techniques pour l’information et la communication au service des étudiants et des professeurs, et pour le rayonnement des « prépas » à l’échelle nationale et internationale.

    Puis, tout en mesurant les écueils et limites qui accompagnent l’usage des TICE, il propose une démarche prospective, développée par l’association ePrep avec les associations de professeurs de CPGE, pour mieux identifier les actions à entreprendre dans les années à venir.

    Les CPGE constituent un premier cycle d’enseignement supérieur permettant de préparer les concours d’entrée aux grandes écoles : écoles d’ingénieurs, écoles normales supérieures, écoles militaires, écoles nationales vétérinaires, écoles de commerce et de gestion, instituts d’études politiques.

    Qu’elles soient scientifiques, littéraires ou économiques, les « prépas » offrent une autre voie que celle proposée par les universités, pour une formation Bac+5, s’inscrivant dans le système européen Licence-Master-Doctorat (« LMD » ou « 3-5-8 ») : 2 années de « prépas » suivies de 3 années de grande école. Les « classes prépas » sont hébergées dans des lycées, et l’entrée des étudiants s’y fait sur dossier. Tout élève travaillant sérieusement a la quasi-certitude d’intégrer une grande école en 2 ou 3 ans.

    Les prépas comptent aujourd’hui environ 72000 étudiants et 7500 professeurs.

    Depuis sa création en 2001, l’association ePrep s’efforce d’impulser, de coordonner et de développer des actions, tant en France qu’au niveau international, afin de contribuer au développement et au rayonnement des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), grâce à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE).

    Les activités d’ePrep se déclinent en quatre axes :

    1. un colloque international : consacré aux TICE en CPGE, il est organisé tous les deux ans et permet aux professeurs de CPGE et à l’ensemble des acteurs publics et privés concernés de partager leurs expériences et leurs visions, et de travailler ensemble à des solutions d’avenir fédératrices contribuant au développement de l’enseignement en CPGE ;
    2. site web ePrep

      Site web d’ePrep.


      un site web bilingue : développé avec le souci constant de proposer, en accès libre, le plus grand nombre d’informations relatives aux TICE en CPGE : outre les actes des colloques ePrep et les objectifs et résultats des autres activités de l’association, un glossaire TICE, une page « liens utiles », des informations sur les logiciels libres ou sur des actions de formation mises en place viennent compléter les informations ainsi mises à la disposition de la collectivité ;
    3. des activités de veille : sur les développements dans le domaine des TICE en général, et celui des TICE en CPGE en particulier, par le biais notamment d’une participation aux principaux salons, colloques et manifestations et la visite de laboratoires et sites-pilotes. Une synthèse de cette action de veille, la « Lettre d’information ePrep », est disponible en ligne et transmise périodiquement à une liste de diffusion (inscription gratuite) ;
    4. des études : ePrep a conduit ou coordonné plusieurs études visant à identifier précisément ou mieux évaluer les actions qu’il convient de développer dans le domaine TICE en CGPE : en particulier, l’étude de faisabilité d’un « Espace numérique fédérateur pour les CPGE et les formations équivalentes » (2003), l’étude prospective sur « La journée d’un professeur de prépas en 2008 » (2004). Depuis 2004, ePrep est également associée à des initiatives à l’échelle européenne visant à conduire des études et recherches avancées dans le domaine des TICE.

    L’association ePrep a été fondée et est présidée par Nathalie Van de Wiele, agrégée de physique, qui a notamment enseigné en classes préparatoires jusqu’en 2001. Mais les actions qu’ePrep a pu développer depuis 2001 n’auraient pu l’être sans le soutien de nombreux partenaires, parmi lesquels : la Commission européenne, le ministère de l’Éducation nationale, la Conférence des grandes écoles (CGE), le CNED, l’INRIA, la Fondation Sophia Antipolis, les associations et unions de professeurs en CPGE.

    1. Les TICE dans l’enseignement supérieur

    Les méthodes d’apprentissage reposant sur la mise à disposition de l’apprenant de contenus pédagogiques grâce à un support numérique (cédérom, Internet, intranet, extranet, télévision interactive, etc.) toucheront dans les dix prochaines années la majeure partie de la population, se plaçant au cœur même de l’acquisition des connaissances et des cultures. C’est le e-learning ou la e-formation. De grandes avancées ont d’ores et déjà été réalisées dans ce domaine dans l’enseignement français.

    Les TICE au quotidien : quelles nouvelles fonctionnalités pour l’enseignement ?

    Le terme de TICE, en englobant les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement, amalgame des éléments différents. Essayons de débroussailler en raisonnant – sans volonté d’exhaustivité – en termes de fonctionnalités. Deux grands aspects se dégagent :

    • la dématérialisation des documents
      Les ouvrages (livres, cahiers d’exercices) électroniques, par exemple sur cédérom, et les documents du professeur sous forme de présentations pouvant contenir des illustrations, animations et interactions, rendent le cours plus attractif pour les étudiants. Ils favorisent aussi les échanges de supports pédagogiques entre professeurs. L’insertion de liens internet, et de références facilement accessibles en complément du cours, permettent tout à la fois de mieux harmoniser les étudiants autour d’un socle de connaissances et aux plus avancés d’en apprendre plus. La prise de notes par l’élève sur ordinateur – par exemple en annotation du cours distribué électroniquement – augmente dans une certaine mesure la productivité des cours, en évitant la prise de notes manuscrite, lorsqu’elle n’est pas utile à la mémorisation.
    • l’augmentation des outils de communication
      La mise en ligne d’un enregistrement vidéo du cours synchronisé avec les documents de la présentation, comme la possibilité de téléconférence, permettent d’ouvrir les espaces d’enseignement, en facilitant le recours à des intervenants extérieurs et les échanges internationaux. La possibilité de dialogue électronique augmente les échanges entre enseignants et étudiants, par le biais d’une foire aux questions, ou de questions personnalisées… L’interaction peut avoir lieu pendant le cours même (par exemple en proposant un questionnaire à choix multiples pour évaluer l’impact d’un chapitre exposé). Par ailleurs, une fois acquis l’investissement dans les technologies, la gestion informatisée des établissements peut être source d’économies.

    Ces exemples illustratifs ne peuvent être donnés sans mentionner aussi les risques et les limites de ces outils :

    • La fracture sociale entre les étudiants dont la famille aura permis ou non un accès précoce aux technologies de l’information rend nécessaire une mise à niveau entre les étudiants, voire des soutiens financiers ;
    • L’impact économique sur les éditeurs commerciaux d’ouvrages scolaires est souvent mal évalué, notamment en termes de ressources humaines. Il s’agit donc de travailler de manière concertée, progressive et clairement planifiée ;
    • Il ne faut pas non plus négliger la fragilité des équipements et des biens intellectuels mis à disposition : risques de vols, de piratage…, ni l’ampleur de la formation des professeurs à prévoir.

    Un panorama de l’offre

    site web du ministère

    Portail du Ministère de l’Éducation nationale consacré aux TICE.

    Le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a lancé plusieurs initiatives dans le domaine des infrastructures et des services, comme dans celui des usages et des ressources, pour l’enseignement à tous les niveaux (primaire, secondaire, supérieur). Ainsi se sont développés des projets tels que le bureau virtuel (ou cartable numérique) et, plus spécialement pour l’enseignement supérieur, les universités numériques en région, les campus numériques français, les universités numériques thématiques.

    Le Centre national de l’enseignement à distance (CNED), œuvrant dans le domaine de la formation ouverte et à distance (FOAD) depuis 64 ans, et partenaire de plusieurs Campus numériques, développe aujourd’hui des contenus et des services de téléformation.

    Les grandes écoles sont également pilotes dans ce domaine, avec des projets comme ParisTech, qui rassemble dix écoles d’ingénieurs de la région parisienne, ou la Grande école virtuelle (GEV), proposée par le Groupe des Écoles des Mines.

    Au-delà, dans une logique d’ouverture, les chercheurs travaillent au niveau mondial à la normalisation et à la standardisation pour améliorer la pérennité des systèmes et leur interopérabilité (par exemple au Québec). Par ailleurs, l’analyse en termes de retours des projets de e-formation, en formation initiale comme en formation continue, permet une réflexion approfondie sur l’usage pédagogique des TICE. On peut le lire par exemple dans la revue Distances et savoirs du CNED à propos des Énigmes de la relation pédagogique à distance.

    Les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), formations du supérieur hébergées dans les lycées et non directement sollicitées par les initiatives ci-dessus, se devaient de relever elles aussi le défi posé par l’utilisation pédagogique des TICE. Disposant des moyens techniques dont les régions équipent les établissements et fortes de la grande motivation de leurs équipes pédagogiques, les CPGE ont d’abord développé des initiatives pionnières, puis tenté de fédérer ces initiatives en les accompagnant d’une réflexion sur l’utilité des TICE en CPGE, les changements pédagogiques qu’elles induisent, la place qu’elles doivent prendre à l’avenir, les projets à proposer au ministère pour qu’il les soutienne et les développe.

    2. Au service des étudiants… et des professeurs

    TP de physique

    Travaux pratiques de physique en CPGE (ici au lycée Brizeux de Quimper).

    Il convient de distinguer ici l’utilisation pédagogique des technologies de l’information et de la communication (les TICE) de l’enseignement de l’informatique en tant que discipline (les STIC).

    Du côté STIC, l’enseignement de l’informatique en tant que discipline est assuré en « prépas » scientifiques et plus légèrement en « prépas » économiques, par les professeurs de mathématiques, parfois aidés d’intervenants extérieurs issus du monde de la recherche en STIC. Les professeurs des disciplines scientifiques (physique, chimie, sciences industrielles) prolongent de leur côté cette formation par l’utilisation en classe de logiciels de calcul formel, de logiciels d’acquisition et de traitement de données ou de simulation utiles à leur enseignement. Cet enseignement est précieux car il permet de montrer aux étudiants que derrière les outils, les technologies, il y a une vraie science, les STIC. Il offre aussi l’occasion de les sensibiliser à l’usage de ces technologies.

    L’objectif est d’offrir :

    • une familiarisation avec l’utilisation d’outils informatiques évolués (logiciels de calcul formel et numérique, logiciels d’acquisition et de traitement de données, logiciels de modélisation, logiciels de simulation…) en vue de permettre l’approfondissement des disciplines scientifiques et techniques,
    • une initiation au traitement automatique de l’information, à l’algorithmique et à la programmation structurée et fonctionnelle (illustrée à l’aide du langage du logiciel de calcul formel retenu par l’équipe pédagogique scientifique de l’établissement, ou de l’usage d’un langage issu du monde de la recherche),
    • une initiation à la théorie des automates et de la logique pour les étudiants de l’option informatique de la filière MP (Mathématique et Physique).

    L’enjeu de l’enseignement des technologies de l’information dans un système scolaire gratuit, pour en faire un socle de connaissances partagé par un plus grand nombre, est un choix profond de société. Au-delà de la volonté de donner la maîtrise de ces outils, il y a celle de nourrir une réflexion autour de leur usage, et d’y sensibiliser les étudiants.

    • aspects juridiques : avec la prise de conscience de l’internationalisation de ces aspects, le respect de la propriété intellectuelle lors de l’usage de ces outils, le respect de la vie privée, le droit des utilisateurs à ce que leurs données leur soient accessibles et non figées dans un format propriétaire, etc.,
    • aspects économiques : dans le monde des TIC, plusieurs modèles de développement (logiciels propriétaires, logiciels libres) peuvent être confrontés, la nécessité de standardisations (par exemple avec le W3C) étant orthogonale à ce débat ;
    • aspects déontologiques : en lien direct avec les aspects juridiques et économiques.

    En grande école ou à l’université, la formation en informatique sera approfondie et d’autant plus poussée que les étudiants se destinent à des métiers pour ou avec les STIC.

    Du côté TICE, l’utilisation des outils bureautiques, du courrier électronique et de l’Internet se développent auprès des étudiants de « prépas » de toutes filières, à la mesure de leur environnement de travail (équipement personnel, équipement de l’établissement, incitation des professeurs, type de travail demandé). Ainsi les élèves des « prépas » scientifiques auront amplement recours à ces outils pour préparer l’épreuve des TIPE (travaux d’initiative personnelle encadrés) qu’ils présenteront aux concours, l’objectif de cette épreuve étant de permettre aux élèves d’effectuer sur un thème fixé pour l’année un travail personnel qui constitue un entraînement à la démarche scientifique. Les étudiants de toutes filières peuvent également être amenés à consulter le site Web de leur classe pour y lire le programme d’interrogations orales de la semaine ou poser une question sur le forum animé par l’un de leurs professeurs, ces pratiques se généralisant peu à peu.

    Au niveau de l’équipement, l’enquête TICE bisannuelle menée par ePrep auprès de l’ensemble des professeurs de CPGE montre que les étudiants de toutes filières possèdent pour bon nombre d’entre eux un ordinateur connecté à l’Internet à leur domicile, alors que peu d’entre eux utilisent encore un ordinateur portable personnel en classe.

    L’implication des professeurs

    En ce qui concerne l’utilisation pédagogique des TICE, les taux de participation élevés aux enquêtes TICE bisannuelles menées par ePrep témoignent de la motivation et de l’implication actuelle de très nombreux professeurs de CPGE de toutes disciplines dans ce domaine. Les résultats de l’enquête 2003-2004, analysés en tendance par rapport à ceux de l’enquête 2001-2002, mettent en valeur une progression sensible de la pénétration des TICE dans l’environnement des professeurs et de l’enseignement qu’ils dispensent. Cela rejoint les conclusions de l’enquête réalisée en 2002 pour la fédération ITEM-Sup sur les pratiques et les besoins des enseignants dans l’enseignement supérieur en général.

    Très nombreux sont les professeurs de CPGE qui utilisent quotidiennement l’ordinateur chez eux ou dans leur établissement, que ce soit pour :

    • la recherche sur le Web d’informations utiles à leur enseignement,
    • les échanges par messagerie électronique avec leurs collègues,
    • la préparation de travaux dirigés, de travaux pratiques, de devoirs surveillés, parfois de cours,
    • l’utilisation pédagogique de logiciels spécifiques à leur discipline.
    site web des associations de professeurs de prépas

    Site web des associations de professeurs de CPGE.

    Des professeurs ont commencé à rendre accessible sur internet tout ou partie de leur enseignement, surtout dans les matières scientifiques mais pas uniquement. Certains ont imaginé de nouveaux modules d’enseignement en ayant recours aux technologies de l’information. C’est un modèle collégial de développement de contenus qui se profile : chaque professeur participe de manière délocalisée à ce réseau de partage de contenus, mettant les siens en ligne, référençant ceux qu’il utilise par ailleurs. Chaque site peut donc être à la fois portail et réservoir de ressources. Des portails ont aussi été mis en place par les unions de professeurs en maths, en physique, en chimie… Une réflexion collective s’amorce pour qu’une licence de type CreativeCommons protège ce type de contenus.

    Des expérimentations dans les établissements

    De plus en plus d’établissements disposent de salles d’informatique très bien équipées, de salles de travaux pratiques avec un poste informatique par binôme et plusieurs logiciels spécifiques installés, ainsi que de salles multimédia offrant des moyens informatiques et de communication souvent très élaborés. Mais ces moyens ne sont pas égaux dans toutes les CPGE, puisqu’ils dépendent des conseils régionaux.

    au lycee Barthou de Pau

    Salle informatique au lycée Louis Barthou de Pau.
    Photo : Thierry Larribe.

    Le développement des TICE en CPGE s’appuie sur le bon équipement des lycées, l’investissement des équipes pédagogiques et du personnel en charge des infrastructures. Il bénéficie aussi de l’aide apportée par les divers dispositifs académiques mis en place. Les sites Web des académies proposent de l’assistance aux utilisateurs, des outils et des ressources, des informations sur les aspects juridiques des TICE, etc.

    Ainsi, le Lycée Clémenceau de Nantes a ouvert un site internet et intranet comportant de nombreuses fonctionnalités pratiques, administratives, informatives, formatives, pédagogiques, en particulier pour les CPGE, par exemple un cours de physique interactif.

    De même, le lycée Louis Barthou de Pau, l’un des lycées pilotes de l’académie de Bordeaux, a développé une plate-forme nommée Cyberlycée, qui comprend entre autres la mise en ligne de ressources pour les CPGE.

    Pour le rayonnement et le développement de l’enseignement supérieur

    Les nouvelles technologies peuvent et doivent également contribuer au rayonnement et au développement de l’enseignement supérieur, tant au niveau national qu’international. Deux axes prioritaires se dégagent pour les CPGE : l’ouverture sociale, et l’ouverture internationale de l’accès aux grandes écoles (c’est d’ailleurs le thème du colloque international ePrep 2006).

    Une récente enquête de la Conférence des grandes écoles montre que 62% des élèves des grandes écoles sont enfants de cadres supérieurs et de professions libérales, contre à peine 5% d’ouvriers. La démocratisation des CPGE et des grandes écoles est un enjeu prioritaire. À la rentrée 2005, 57 grandes écoles se sont engagées dans une politique de soutien en direction des élèves de zone d’éducation prioritaire. Les unions de professeurs de CPGE ont également pris ces questions en considération lors du colloque Démocratie, classes préparatoires et grandes écoles.

    Les CPGE, en tant que formations du supérieur hébergées dans les lycées, offrent un enseignement gratuit et de proximité dans un environnement de transition (entre le lycée et la grande école ou l’université), avec la quasi certitude pour tout élève sérieux d’obtenir un diplôme de niveau bac+5. Ces aspects sont à valoriser, et les TICE peuvent y contribuer. Les TICE pour une meilleure information sur les CPGE et les grandes écoles à destination des futurs étudiants et de leurs parents, les TICE pour une pédagogie renouvelée rendant l’enseignement en CPGE plus attractif : à l’heure où les nouvelles technologies sont de plus en plus intégrées au mode de vie des jeunes, il s’agit d’encourager le futur étudiant, quel que soit son milieu social, à ne pas éliminer la possibilité d’une CPGE.

    Les CPGE de France accueillent aujourd’hui 3000 étudiants étrangers (qui doivent maîtriser la langue française), surtout dans les filières scientifiques, où le Maroc domine et la Chine émerge. Les CPGE implantées à l’étranger, dans des pays traditionnellement francophones, préparent aux concours des écoles françaises ou à ceux des écoles nationales locales. Mais une plus grande ouverture, là aussi en particulier vers la Chine, est déjà en route au niveau des grandes écoles, et les CPGE auront à répondre à ce nouveau besoin.

    Ici encore, les TICE ont plusieurs rôles à jouer : pour la promotion de l’enseignement français à l’étranger (par la création d’un site portail multilingue), pour l’harmonisation des contenus et des compétences, nécessaires à l’heure du cursus européen harmonisé LMD (Licence-Master-Doctorat) et de la mobilité étudiante (par exemple, pour la préparation à distance des étudiants étrangers qui arrivent en CPGE ou en grande école avec un profil différent de celui des étudiants français).

    3. L’avenir des TICE en CPGE

    C’est pour mieux identifier les actions à développer dans les années à venir, afin de favoriser l’usage des TICE en CPGE, qu’ePrep a développé dès l’automne 2003, avec l’ensemble des unions de professeurs de CPGE, une démarche prospective proposant plus particulièrement de réfléchir à ce que pourrait être, en 2008, la journée d’un professeur de CPGE qui tirerait le plus grand profit de ce que seront alors les TICE.

    colloque ePrep 2004

    Colloque ePrep 2004.

    Au cours de ces travaux de prospective, les professeurs de CPGE ont pu réfléchir à l’utilité des TICE dans leur enseignement, à la place qu’elles doivent prendre à l’avenir, aux facteurs de développement de leur utilisation.

    Les résultats ont été présentés au Colloque ePrep 2004 sous forme d’une étude et d’un document de synthèse illustré mettant en scène « la journée d’un professeur de prépas en 2008 ».

    Diversité, richesse et souplesse

    L’utilité des technologies de l’information en CPGE a été reconnue tant sur les aspects pratiques (pour archiver ses cours, les faire évoluer, gérer le planning de la classe, les notes des étudiants, les relations avec l’administration) que sur les aspects pédagogiques. La diversité, la richesse et la souplesse des moyens pédagogiques sont appréciées, qu’il s’agisse de présentations au vidéoprojecteur avec animations, de ressources disponibles sur le Web, de modules d’enseignement sur cédéroms, de logiciels spécifiques. Et si les professeurs reconnaissent que l’investissement en temps est lourd pour bâtir son enseignement avec ces nouveaux outils, ils appellent de leurs vœux la prise en main par le ministère d’un portail numérique fédérateur qui offrirait, entre autres fonctionnalités, la mise en commun des ressources pour en faire bénéficier l’ensemble des collègues.

    Un professeur réel plutôt que virtuel

    En ce qui concerne l’avenir des TICE en CPGE, l’étude prospective conclut à une ample utilisation des technologies « en présentiel », mais elle se refuse à envisager une CPGE virtuelle. En effet, les expériences de formation ouverte et à distance, issues du monde de la formation initiale comme de celui de la formation continue, s’accordent à reconnaître les difficultés inhérentes à ce type de formation. On touche ici du doigt les écueils du e-learning. Du côté de l’apprenant, on regrette le manque d’incitation pour se rendre sur la plate-forme de formation (alors que se rendre en cours à heure dite est une obligation), le manque de tutorat (cela semble le maillon faible de la formation à distance, malgré le grand investissement des formateurs qui vont jusqu’à concevoir des tuteurs virtuels émotifs), le manque de contact humain (aussi bien avec ses professeurs qu’entre apprenants), un temps plus long nécessaire pour assimiler un cours donné en virtuel. Du côté du professeur, on regrette une plus grande difficulté à communiquer avec ses élèves et à les connaître (les chats, les forums, les dispositifs de classe virtuelle avec relation par vidéo et audio remplaçant difficilement la spontanéité des échanges de vive voix), ainsi qu’un temps plus long consacré à préparer son cours. Le professeur en chair et en os dispensant son cours, ses travaux pratiques ou dirigés à un groupe classe réduit (une quarantaine d’élèves en cours, une vingtaine en travaux dirigés ou pratiques) ayant fait ses preuves en CPGE, le modèle de l’enseignement à distance ne sera envisagé que dans le cas particuliers d’élèves dans l’impossibilité de se déplacer (par exemple malades).

    Développer les moyens

    Quant aux facteurs de développement de l’utilisation des TICE en CPGE, l’étude conclut au fait qu’ils sont loin d’être complètement exploités. D’une façon générale, les professeurs possèdent le matériel adapté (chez eux et souvent dans leur établissement). Mais ils regrettent le manque de moyens humains pour la maintenance et la gestion des matériels des établissements et des laboratoires, et le peu de « contraintes » (ou d’incitations) venant du ministère et des grandes écoles : pas ou peu de valorisation de l’utilisation des TICE aux concours d’enseignement ou aux concours d’entrée aux grandes écoles, pas assez d’établissements adoptant les bulletins de notes électroniques ou équipés d’un intranet… La formation insuffisante des professeurs est aussi un frein, qu’il s’agisse de la formation initiale ou de la formation continue – bien que celle-ci soit proposée aux professeurs par les académies dans le cadre du Plan académique de formation ou par les grandes écoles sous la forme de stages LIESSE (Liaisons Interdisciplinaires avec les Ecoles d’enseignement Supérieur pour une Structuration des Echanges). Le problème du temps revient là encore comme un leitmotiv.

    Un scénario optimiste : vers le TeLearning

    colloque ePrep 2004

    Colloque ePrep 2004.

    Après avoir identifié le Ministère de l’Education nationale et les grandes écoles comme étant les principaux moteurs d’évolution de l’utilisation des TICE en CPGE (c’est vers eux que les CPGE doivent des tourner pour maximiser l’impact de leurs actions dans ce domaine), l’étude conclut à l’élaboration d’un scénario mettant en scène, en 2008, un professeur de CPGE donnant ses cours.

    C’est un scénario optimiste (ou scénario haut : si le ministère et les grandes écoles jouent pleinement leur rôle moteur) qui est mis en scène. Le scénario pessimiste (scénario bas : si le ministère et les grandes écoles ne soutiennent pas les initiatives entreprises par les professeurs) n’ayant pas été retenu.

    Cette perspective se base sur plusieurs hypothèses techniques réalistes :

    • au niveau de l’infrastructure des réseaux et de la diffusion du matériel : la prédiction est celle de la présence généralisée de réseaux haut débit et de la baisse du coût des matériels (ordinateurs portables ou terminaux évolués issus de la téléphonie mobile) conduisant à une disponibilité complète en classe et hors classe ;
    • au niveau logiciel : la prédiction est celle de la disponibilité de logiciels libres ou vendus avec le matériel pour toutes les fonctionnalités bureautiques (communication, édition…) et un libre accès aux logiciels utilisés pour l’enseignement, de préférence par le réseau ;
    • au niveau des usages : la prédiction est celle d’un apprentissage précoce par les jeunes des outils informatiques courants et d’une appropriation complète de ces outils par les enseignants.

    Deux avantages sont particulièrement mis en évidence dans ce scénario :

    • la simplification des tâches administratives, qui dégagera du temps pour les activités purement pédagogiques ;
    • l’interactivité, qui permettra de vérifier en direct la compréhension du cours par les étudiants.

    Ainsi, comme le souligne la conclusion de ce scénario, la journée d’un professeur de prépas restera sans doute très dense, mais il aura la satisfaction de prendre une part active dans l’évolution de son métier.

    Finalement, cette utilisation des TICE comme support à l’enseignement « en présentiel » prônée par les professeurs de CPGE est bien du e-learning (méthode d’apprentissage reposant sur la mise à disposition de l’apprenant de contenus pédagogiques grâce à un support numérique), mais en évitant les écueils de l’enseignement ouvert et à distance dont nous avons parlé. On peut ici parler de TeLearning – « Technology-enhanced learning », ou enseignement enrichi par les technologies.

    Newsletter

    Recevez chaque mois une sélection d'articles

    Niveau de lecture

    Aidez-nous à évaluer le niveau de lecture de ce document.

    Si vous souhaitez expliquer votre choix, vous pouvez ajouter un commentaire (Il ne sera pas publié).

    Votre choix a été pris en compte. Merci d'avoir estimé le niveau de ce document !

    Nathalie Van de Wiele

    Agrégée de physique, présidente de l'association ePrep.
    Voir le profil