Reconstruire des surfaces pour l'imagerie13/09/05 Reconstituer une surface en ne connaissant que certains de ses points : un problème que l'on rencontre souvent, qu'il s'agisse d'exploration géologique, d'archivage de vestiges archéologiques, d'imagerie médicale ou industrielle. Pour résoudre ce problème, la grande majorité des algorithmes utilisent un outil central en géométrie algorithmique : la triangulation de Delaunay.
Lorsqu'on sonde le sous-sol en certains endroits pour connaître la configuration des différentes couches géologiques, ou lorsqu'on veut cartographier un fond marin, le nombre de points de mesure est nécessairement fini. Or il faut reconstruire, à partir des ces données en nombre restreint, les surfaces correspondantes. La situation est analogue avec tous les systèmes d'imagerie informatisés (scanners, télémètres, imageurs tridimensionnels, etc.) utilisés en médecine, dans l'industrie, en archéologie, etc.
Les enjeux économique et industriel du problème de la reconstruction de surfaces, ainsi que son caractère fondamental du point de vue scientifique, ont conduit à de nombreux travaux depuis une vingtaine d'années. Mais ce n'est que très récemment que les spécialistes ont formalisé en termes mathématiques le problème, ce qui leur a permis de concevoir des algorithmes efficaces et fournissant une reconstruction fidèle. Le transfert vers l'industrie de certains de ces résultats de géométrie dite algorithmique s'est alors opéré de manière très rapide au travers de la création de jeunes pousses (comme Raindrop Geomagic aux Etats-Unis, ou Geometry Factory issue de notre équipe de recherche) ou le lancement de nouveaux produits par les leaders de la conception assistée par ordinateur ou de l'imagerie médicale (Dassault Systèmes, Siemens Medical). Diagrammes de Voronoï et triangulation de Delaunay, deux outils géométriques indispensablesPour reconstruire une surface à partir d'un nuage de points qui l'échantillonnent, la grande majorité des algorithmes utilisent un outil central en géométrie algorithmique : la triangulation de Delaunay, nommée d'après Boris Delone (1890-1980), mathématicien russe dont le nom a été francisé en Delaunay.
Maintenant, relions par des segments de droite les points de E dont les cellules de Voronoï sont adjacentes. L'ensemble de ces segments (en bleu sur la figure) constitue la triangulation de Delaunay associée à E.
Applet Java réalisée par Paul Chew Cette applet montre la construction du diagramme de Voronoï et de la triangulation de Delaunay à partir des points que vous choisissez. Ces structures se définissent dans des espaces de dimension quelconque ; c'est le cas de la dimension trois - l'espace usuel - qui est le plus intéressant pour la reconstruction de surfaces. Les diagrammes de Voronoï figurent parmi les principaux sujets d'étude de la géométrie algorithmique, et c'est dans les années 1980 que l'on a établi leur lien avec la théorie des polytopes (analogues des polyèdres dans les espaces de dimension supérieure à trois). Leur étude dans le contexte de l'échantillonnage des surfaces est beaucoup plus récente. Quel est l'intérêt des diagrammes de Voronoï et des triangulations de Delaunay ? Si E est un échantillon de n points pris sur une surface S, on peut montrer que son diagramme de Voronoï et la triangulation de Delaunay correspondante contiennent beaucoup d'informations sur cette surface. Lorsque l'échantillonnage est suffisamment dense, on peut fournir des approximations précises de la surface. Par exemple, le vecteur qui joint un point P de E au sommet le plus éloigné de sa cellule de Voronoï est une bonne approximation de la normale à la surface S au point P. Il faut s'assurer que les temps de calcul resteront raisonnables, que les algorithmes sont fiablesC'est ainsi que l'on connaît aujourd'hui plusieurs algorithmes de reconstruction capables, à partir d'un échantillon fini de points d'une surface S, de construire une surface S' qui approxime correctement la surface réelle S. Qui plus est, la théorie de ces algorithmes permet de calculer une borne qui dépend évidemment de la densité d'échantillonnage.
Les bornes théoriques ne sont pas tout, reste à savoir calculer effectivement et rapidement la triangulation d'un jeu de données. On connaît de nombreux algorithmes. Les plus efficaces sont dits « randomisés » car ils effectuent certains tirages aléatoires au cours de leur déroulement. La théorie des algorithmes randomisés s'est développée très rapidement dans les années 1990 et a conduit à des analyses précises, validées expérimentalement. Dans bien des cas, et le calcul de la triangulation de Delaunay en est un, l'introduction d'une part de hasard autorise à ne pas chercher à résoudre de manière optimale le cas le pire (qui est peu probable) et conduit à des algorithmes simples et très efficaces en moyenne. Aujourd'hui, on réalise le calcul exact de la triangulation de Delaunay tridimensionnelle de un million de points en une minute (avec un processeur à 1,7 GHz et 1 gigaoctet de mémoire).
Pour en savoir plus sur ce sujet, nous vous proposons quelques références Une première version de ce texte est parue dans la brochure « L'explosion des mathématiques » éditée par la SMF
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