Visualisation immersive et interaction haptique : une révolution pour les géosciences15/10/08 Se déplacer virtuellement dans une structure géologique, simuler l'impact d'un aménagement... Tout cela est aujourd'hui possible grâce aux applications de réalité virtuelle développées pour les données géoscientifiques.
Le 21 avril 2001, une partie du rempart nord du château de Saumur Du point de vue géoscientifique, ce malheureux incident a fourni les éléments nécessaires à l’élaboration d’un scénario qui concerne essentiellement le processus de modélisation géologique. L’accès aux données, l’interpolation des surfaces géologiques, la visualisation et l’examen des modèles, toutes ces étapes ont fait appel aux interfaces haptiques L’analyse interactive de données scientifiques est problématique, en particulier pour les très gros volumes de données rencontrés par exemple dans les géosciences ou dans la simulation par calcul intensif. Dans ces domaines, le dépouillement et l'analyse des données souvent très diverses, l'intégration des modélisations, ainsi que la communication des résultats obtenus restent encore des points critiques. En effet, la taille et la complexité croissante des données — volume, hétérogénéité, distance — requièrent un renouvellement constant des outils qui doivent faciliter l’accès aux données à l'aide de ressources modulables. Ils doivent aussi en améliorer la perception, en exploitant davantage les capacités humaines (perception visuelle et haptique). Ces besoins, identifiés notamment par le BRGM, ont motivé son initiative « Terre Virtuelle », dont le but est de permettre l'accès à un maximum de données sur les sols et sous-sols, qu'il s'agisse par exemple de simuler l'impact d'un aménagement ou de se déplacer virtuellement dans une formation géologique. C'est dans ce contexte qu'est né le projet de recherche Geobench Le Château de Saumur, démonstrateur géoscientifiqueC'est en travaillant sur l'exemple concret du Château de Saumur que le projet Geobench a pu valider l'apport de ces outils de réalité virtuelle dans le domaine des géosciences.
Un préalable à la modélisation géologique : accéder aux donnéesTout travail de modélisation géologique s’appuie sur des données — points de mesures, cartes, sondages, profils sismiques, etc. — souvent géo-référencées en 2D ou en 3D. Pour rassembler les données disponibles sur la zone d’étude, le géologue modélisateur réalise d'abord un travail assez fastidieux d’extraction dans des bases de données ou des
systèmes d'information géographique Développé par l’Open Geospatial Consortium (OGC
Ces données sont livrées dans un format normalisé basé sur les langages XML et GML (Geographic Markup Language). À charge de l’utilisateur de les exploiter ensuite dans ses propres outils.
Le protocole OGC est aujourd'hui largement adopté, que ce soit par les éditeurs de systèmes d'information géographique ou par les logiciels de visualisation terrestre 3D comme WordWind de la NASA ou Google Earth. Le BRGM, pour sa part, est depuis plusieurs années promoteur de l’interopérabilité en France : via son portail InfoTerre D’un point de vue plus technique, le processus se décompose en plusieurs étapes ayant nécessité des développements spécifiques dans l’outil de visualisation Avizo
Une première étape : la visualisation du château et de son sous-sol
Un premier environnement virtuel a donc été réalisé. Il a permis de visualiser les principales données disponibles et la structure géologique du massif supportant le château. Une simple extrusion verticale des emprises au sol a suffi pour obtenir une esquisse du château et des constructions avoisinantes. Les informations sur la nature du sous-sol ont pu être recueillies grâce aux sondages. Ceux-ci ont permis aux géologues de distinguer trois types principaux de formations : des remblais anthropiques, des sables plus ou moins argileux et de la craie, dénommée localement tuffeau. Ces sondages sont ensuite restitués sous la forme de cylindres coloriés selon la nature de la formation. L’interpolation des points définissant les interfaces entre ces formations permet alors de définir des surfaces. Cette interpolation est basée sur des outils géostatistiques qui permettent de prendre en compte la variabilité spatiale du phénomène. Zoom sur la zone critique du châteauLe premier modèle obtenu s’est vite avéré insuffisant en termes de précision, notamment dans la zone d’arrachement du rempart, au pied de la tour Nord-Ouest. Cette tour a été affectée par l‘incident du 21 avril 2001 et il était crucial de bien comprendre son architecture avant d’entreprendre les travaux de consolidation. Cet arrachement a par ailleurs révélé des éléments de maçonnerie inconnus jusqu’alors. Un scan 3D laser, à l’intérieur et à l’extérieur du château, a permis de reconstituer la géométrie précise de la tour et de son environnement immédiat. Ce scan fournit dans un premier temps un semis de points (des millions) qu’il s’agit ensuite de transformer en éléments géométriques qui pourront être manipulés individuellement. Le modèle final intègre également les sondages et les surfaces géologiques. Il a par ailleurs été le support d’une modélisation géomécanique.
Ce modèle a évolué au cours du temps en intégrant les découvertes révélées par les travaux de restauration. Sa visualisation sur la plate-forme de réalité virtuelle du BRGM a contribué aux partages et échanges d'informations entre les différents intervenants du chantier de reconstruction (architectes, entreprises, experts BRGM), leur permettant ainsi de mieux comprendre les imbrications des éléments du château et son interaction avec le sous-sol. L’introduction de l’haptique dans la modélisation géologiqueLa modélisation géologique est basée sur l’interpolation de points issus de l’interprétation de l’information fournie dans cette étude par les sondages. Or, bien souvent, la première interpolation ne donne pas satisfaction et le modélisateur entre alors dans un processus itératif au cours duquel il peut être amené à effectuer un certain nombre d’opérations sur le jeu de points afin de gérer des erreurs ou d'introduire sa connaissance du site. Il peut s'agir de supprimer un point manifestement erroné, de modifier la localisation d’un point pour rectifier une erreur d’interprétation ou de localisation, ou encore d'ajouter des points pour contraindre l’interpolation dans les zones mal reconnues.
L’introduction de ce travail d’édition dans un environnement de réalité virtuelle facilite énormément ces opérations de placement de points en 3D. Pour compléter cet apport, des interfaces haptiques ont été ajoutées pour mieux contraindre le positionnement des points, par exemple le long d’un axe vertical ou dans un plan. La connexion de l’interpolateur géostatistique du BRGM via l’intergiciel FlowVR
Sentir une surfaceUtiliser un retour haptique donne la sensation de toucher les faces cachées. Pierre Thierry, géologue au BRGM, en a fait l'expérience lors de sa première utilisation du retour haptique.
Des prolongements avec la réalité augmentéeIl est souvent difficile pour le géoscientifique qui travaille sur le terrain d’accéder aux bases de connaissances disponibles et surtout de les remettre en situation. Dans cet esprit, le BRGM a démarré début 2007 le projet national RAXENV |