Comment voler un sous-marin21/07/08 Le Dr Jacob Ecco, le détective qui résoud des énigmes en s'inspirant des méthodes mathématiques et informatiques, est de retour ! Le mystère entoure cette nouvelle affaire. Ecco parviendra-t-il à déjouer le complot dans lequel il se retrouve embarqué ? Et vous, en seriez-vous capables ?
À mi-chemin du vol qui nous ramenait à New York, le capitaine fit une annonce : « Mesdames et Messieurs, en raison d'une circulation aérienne importante à New York, nous sommes dirigés vers Washington D.C. Nous atterrirons et ferons le plein avant de redécoller en direction de la Grande Pomme (The Big Apple, appellation familière de New York, NdT). » Je grognai, mais Ecco s'inclina en arrière et regarda d'un air rêveur le voyant qui s'était allumé et nous signalait d'attacher nos ceintures. Juste avant d'atterrir, une hôtesse tendit une note à Ecco. Ecco me le montra : « Ecco, Baskerhound est réapparu. Nous avons besoin de votre aide. Descendez à Washington. Nous vous attendons. » Les deux officiers qui nous avaient accueillis, le professeur Evangeline Goode et moi-même, Justin Scarlet, après notre sauvetage dans la jungle, nous attendaient à la porte d'arrivée. Quelques semaines plus tôt, Evangeline et moi étions partis à la recherche du Dr Ecco qui était retenu prisonnier depuis près de deux ans par Baskerhound. Je fis les présentations : « Capitaine Nicholas Chase, commandant Victor Shaw, voici le Dr Ecco », dis-je. Les officiers nous escortèrent en silence jusqu'à la limousine d'usage. Dans la voiture, le capitaine Chase nous exposa la situation.
« Vous voulez dire que Baskerhound ou les siens contrôle maintenant un sous-marin nucléaire balistique ? », m'écriai-je. « C'est exact, Professeur Scarlet », dit le capitaine. « Où et quand ont-ils capturé le sous-marin ? », demanda Ecco. Le capitaine répondit : « Il y a deux jours, près de notre base navale sur l'île de Diego Garcia dans l'océan Indien. » Je jetai un coup d'œil à Ecco. Il esquissa un sourire. Avait-il deviné que les choses se passeraient ainsi ? En savait-il davantage ? Je m'interrogeai. La limousine nous conduisit à toute vitesse jusqu'au Pentagone, où l'amiral Trober et le Directeur nous attendaient. L'amiral parla sans ambage : « D'une façon ou d'une autre, Baskerhound a trompé un sous-marin, lui faisant croire que son petit bateau espion était un ravitailleur de sous-marins d'un type nouveau. Docteur Ecco, nous avons besoin de votre aide pour déterminer comment il s'y est pris. Tout ce que nous savons est qu'il a dû utiliser notre dernier protocole d'authentification ». « Qu'est-ce que c'est ? », demanda Ecco. « Un protocole d'authentification permet de prouver qu'un agent est bien celui qu'il prétend être. Tous nos protocoles fonctionnent ainsi : si A veut communiquer avec B, A envoie un message que tous les bateaux d'une zone entendent, mais que seul B comprend. B peut répondre en émettant un signal dirigé uniquement sur A de sorte qu'aucun autre bateau ne l'entend. C'est ce qu'on appelle un « signal privé ». « Le schéma de base que nous utilisons se nomme encryptage de la clé publique. Nous avons pensé que c'était le moyen le plus sûr : même si nos ennemis capturent un bateau, ils ignorent la clé privée de tout autre bateau. Voici comment fonctionne l'encryptage de la clé publique. Pour chaque agent A, il y a une clé secrète, SA, que seul A connaît, et une clé publique, PA, dont tous les bateaux ont connaissance. Le livre des clés publiques était à bord du navire espion dont Baskerhound s'est emparé près des falaises de Moher. S'y trouvait également sa propre clé privée. Les clés publique et privée se combinent ainsi : si m est un message en clair, c'est-à-dire un message que tout le monde peut comprendre, le fait de lui appliquer l'une ou l'autre de ces deux clés rend le message inintelligible. Nous représentons l'application de SA au message m par SA (m). De même, PA (m) représente l'application de PA à m. Cependant, si SA est appliqué à PA (m), donnant SA (PA (m)), le résultat est simplement m. De même, PA (SA (m)) = m. Nous avons arrangé les codes de manière à ce qu'il soit impossible de déduire SA étant donné PA. Il est même impossible de deviner SA étant donné SA (m) et m... » L'amiral poursuivit : « Le premier protocole que nous avons mis au point permettait à A de transmettre à B le message SA (PB (Je suis A)). Selon la force de la transmission, de nombreux bateaux pouvaient entendre ce message. Mais seul A était capable de faire cette déclaration et seul B était capable de la décoder en appliquant PA puis SB. L'idée était qu'ensuite B enverrait un signal privé en direction de A. » « L'un de mes mathématiciens a rapidement trouvé une faille », dit le Directeur avec une satisfaction évidente. Voyez-vous une faille ?L'amiral ne se laissa pas démonter et poursuivit : « Un imposteur C pourrait se faire passer pour B simplement en répondant au message de A. Notre deuxième protocole a résolu ce problème en faisant répondre par B : SB (PA (Je suis B)). » Le Directeur gloussa : « Là encore, il y avait une faille. » Voyez-vous la faille ?« Je pense que je vois », dit Ecco. Imperturbable, l'amiral poursuivit : « C'est exact. Notre idée fut alors d'utiliser des nonces. » « Et moi qui pensais que vous étiez un homme cultivé, Ecco ! Un nonce est un grand nombre qui est choisi de manière aléatoire et n'est utilisé qu'une fois par un agent unique. Comme il encode également le numéro d'identification du bateau, deux bateaux n'utilisent jamais le même nonce. Vu ? » Ecco échangea un regard avec l'amiral. Ce dernier rougit un instant puis reprit : « Voici ce que notre protocole est devenu, n étant un nonce : « Nous pensons vraiment que ce dernier protocole est sûr. L'imposteur ne peut en aucune façon copier le troisième message. Voyez-vous la moindre faille ? » Je vis le Directeur sourire. Ecco réfléchit un moment puis demanda quelques petits gâteaux. Un aide de camp en apporta. Il croqua un biscuit et dit : « Même en acceptant votre supposition selon laquelle les codes ne peuvent être déchiffrés, je vois comment un imposteur pourrait gagner la confiance d'autres bateaux qui s'enverraient assez souvent des messages. » 1. Comment ?« C'est sûrement ce que Baskerhound est parvenu à faire », dit l'amiral. Je repensai au théâtre de Punta Ballena et aux tours de magie. Est-ce à cela que Baskerhound faisait référence lorsqu'il avait dit à Ecco : « Vous venez de changer le cours de l'histoire » ? « Dites-moi, Docteur Ecco, dit l'amiral, en supposant que nous sortions de cette crise, pouvez-vous concevoir un protocole qui fonctionne ? Nous disposons d'un nouvel outil : un réseau de satellites qui envoient des signaux chronométrés toutes les micro-secondes. Chaque bateau reçoit les signaux à la vitesse de la lumière. » « Combien de temps faut-il au minimum pour qu'un bateau reçoive un signal puis le transmette à d'autres bateaux ? », demanda Ecco. « Pour des raisons techniques que je ne puis dévoiler, répondit l'amiral, une telle retransmission nécessite au moins une seconde. » « Alors c'est simple », dit Ecco. 2. Pouvez-vous imaginer, dans ce cas, un plan bon marché et inaccessible aux imposteurs ? Pourquoi le délai d'une seconde est-il important ?L'amiral sembla satisfait de la solution. Pendant que nous roulions vers l'aéroport pour reprendre notre vol et rentrer à New York, le Directeur nous fit la leçon. Des menaces similaires avaient dû être faites ailleurs car tout le monde garda le silence et aucune nouvelle du sous-marin kidnappé ne parut dans les journaux les quatre jours suivants. Le cinquième jour, Baskerhound était à New York et convoquait une conférence de presse. Cette énigme a été publiée dans le livre Codes, mystères et complots, Éditions Odile Jacob
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