L'histoire de l'informatique, présentée à partir du parcours de quelques hommes et femmes qui l'ont marquée... en regard de réflexions plus larges sur l'histoire des sciences et le sexisme dans ce domaine.

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    L'histoire de l'informatique, présentée à partir du parcours de quelques hommes et femmes qui l'ont marquée... en regard de réflexions plus larges sur l'histoire des sciences et le sexisme dans ce domaine.

    Bourbaki – Une société secrète de mathématiciens

    Maurice Mashaal (Belin, collection Alpha, réédition octobre 2017) 

    Maurice Mashaal retrace dans ce petit volume l’épopée du groupe Bourbaki, en alternant entre son apport aux mathématiques (ou plutôt  « à la mathématique » devrais-je dire ?) et des anecdotes sur la vie interne du groupe.

    Bourbaki est un groupe de mathématiciens créé en 1934 et encore actif, dont la composition a varié au fil du temps et est toujours restée secrète. Il est essentiellement connu pour son ouvrage « Éléments de mathématique », une encyclopédie de plus de 7000 pages, dont le volume le plus récent est paru en 2016. Le singulier de « mathématique » dans le titre est destiné à souligner l’unité de cette discipline. Les « Éléments de mathématique » ont profondément modifié la façon de présenter des résultats mathématiques, en partant des axiomes, en dépouillant les énoncés des théorèmes des hypothèses inutiles et en les énonçant dans leur plus grande généralité, mais aussi avec une grande abstraction.

    Même si Bourbaki n’a pas un apport substantiel en nouveaux résultats, sa façon d’organiser et de présenter la mathématique a eu un impact durable. Le livre présente d’ailleurs quelques exemples, telles que les structures algébriques pour souligner l’importance des structures dans l’approche bourbachique, ou les filtres qui sont une nouvelle notion mathématique due à Bourbaki. Ces passages supposent un niveau mathématique post-baccalauréat. Le changement d’optique dû à Bourbaki a également eu des répercussions sur l’enseignement : le lecteur ou la lectrice qui a vécu l’enseignement des « maths modernes » dans les années 1970 retrouvera avec amusement, mais probablement sans nostalgie, quelques extraits des manuels de l’époque.

    Mais le livre de Maurice Mashaal ne porte pas que sur les aspects mathématiques. Il fait également la part belle aux personnalités, fortes, des membres connus de Bourbaki tout comme à son mode de fonctionnement, très particulier : le groupe se réunissait en congrès plusieurs fois par an, avec un congrès plus long (2 semaines) pendant l’été. Pendant les congrès, les rédactions en cours étaient lues à voix haute et abondamment critiquées, voire mises en pièces pour certaines, puis un nouveau rédacteur était chargé de proposer une nouvelle rédaction, qui subirait le même sort lors d’un congrès suivant. Les discussions étaient « viriles » : éclats de voix, insultes, colères et réconciliations sans formalités semblent avoir constitué l’ordinaire du groupe. L’adjectif « viril » n’est d’ailleurs pas utilisé par hasard ici : les seules femmes mentionnées sont les épouses ou les filles des membres du groupe, il ne semble pas que des mathématiciennes aient participé à Bourbaki tout au long de son histoire. Maurice Mashaal analyse assez peu ce fonctionnement : est-il hérité des classes préparatoires ? Les membres du groupe sont issus de ces classes prépa, sont normaliens pour une majorité d’entre eux et cette façon de fonctionner, en étant « grande gueule » et un peu expéditif vis-à-vis des plus faibles ou des plus silencieux, leur a bien convenu. En quoi a-t-elle exclu des mathématiciens importants, dont on ne peut qu’imaginer l’influence ? L’histoire ne le dira jamais.

    Malgré ces conditions de travail singulières, ou probablement en guise d’antidote, le groupe a toujours manifesté un esprit potache que le livre illustre abondamment, que ce soit pour le choix du nom du groupe (un obscur général de Napoléon), l’élaboration de sa biographie fantaisiste ou la rédaction du faire-part de mariage de sa fille Betti avec un chasseur de lions…

    Ce petit ouvrage alterne judicieusement entre les anecdotes concernant le groupe Bourbaki et les aspects mathématiques de son œuvre. Il termine par une note inquiète sur le devenir de Bourbaki. Si l’on veut rester optimiste, certes son œuvre n’est pas achevée, mais il a en quelque sorte assuré la relève pour ce qui est de la façon de rédiger des ouvrages mathématiques. Cependant, selon Maurice Mashaal, le point de vue de Bourbaki, justifié à l’époque, de se focaliser sur l’unité de la mathématique explose aujourd’hui avec la diversité des approches, qu’elles soient désormais plus géométriques qu’algébriques, probabilistes, ou encore liées aux possibilités offertes par l’informatique et les ordinateurs.

    Nathalie Revol

    Les Innovateurs – comment un groupe de génies, hackers et geeks a fait la révolution numérique

    Walter Isaacson (Livre de Poche, réédition 2017) 

    Ce livre de poche se lit très bien malgré ses 780 pages qui peuvent dérouter le lecteur au départ. Écrit par l’auteur de la biographie de Steve Jobs, il balaie, en 12 chapitres, l’histoire de l’informatique, depuis ses tous débuts (Ada Lovelace, Charles Babbage à la fin du 19e siècle) jusqu’aux années plus récentes (livre sorti en anglais en 2014). L’auteur se focalise sur les innovations et la manière dont elles naissent, portées par des personnes souvent hors du commun. Parlant surtout des États-Unis (il faut reconnaître que de nombreuses innovations en informatique sont issues de ce pays dans la seconde moitié du 20e siècle), l’auteur relate les parcours étonnants de ces pionniers. Personnages souvent détectés comme « petits génies » dans leur enfance, imbibés de technologies, d’envie de construire, de réaliser, de démontrer. Même si certains noms nous semblent familiers, ce livre fourmille de détails. Petits moments, anecdotes, et grandes inventions ! Beaucoup de garages et de sous-sols où se sont préparées les innovations, des rencontres déterminantes, des collaborations fructueuses, de beaux coups commerciaux… L’auteur met bien sûr en valeur le rôle clé joué par ces personnalités, mais aussi l’importance du contexte social, politique et industriel, qui justifie que ces innovations doivent se faire, que tout est prêt pour… et qu’elles apparaissent en même temps dans plusieurs endroits différents.

    Ce livre est structuré en différents chapitres, ce qui permet de suivre plusieurs « fils » de lecture : le fil technologique, avec la construction d’ordinateurs de plus en plus puissants, de plus en plus petits, de plus en plus connectés ; le fil des avancées informatiques autour du logiciel, des premiers langages de programmation aux logiciels libres, l’impact du développement des réseaux de communication ; le rôle des financements gouvernementaux, publics, privés sans lesquels rien ne peut vraiment se développer. Un point de vue que j’ai trouvé spécialement intéressant est le rôle clé joué par les demandes de la société. Par exemple le rôle des communautés californiennes (hippies) débouchant sur le besoin d’ordinateurs individuels face aux mastodontes construits par IBM et consorts, le besoin d’interactions entre individus non contrôlées par un pouvoir en place, le rôle des jeux, motivant dès le début les premiers développements, et toujours important, en particulier si on regarde le développement de l’IA.

    Ce livre est présenté comme un manuel de management pour réussir à innover. L’auteur ponctue son récit de commentaires dans ce sens et l’illustre de manière convaincante : des personnalités hors du commun mais aussi des œuvres collectives ; des ingénieurs, des chercheurs, des techniciens, capables de travailler main dans la main ; des idées géniales, mais s’appuyant sur des avancées théoriques et technologiques, s’alliant à de bonnes capacités d’ingénierie ; sans oublier un indispensable sens du commerce et des qualités de gestionnaire. Et donc des hommes, des femmes, capables de discuter, de collaborer, de coopérer…

    On notera d’ailleurs un effort louable de mettre en valeur le rôle des femmes, même si en fin de compte, on retrouve essentiellement Ada Lovelace, dont le rôle est bien connu auprès de Babbage, et celui des « femmes programmeuses » dont Grace Hopper lors de la construction de l’ENIAC. Mais c’est le reflet d’une réalité que l’on ne peut que regretter ou chercher à expliquer.

    On peut aussi s’étonner au cours de la lecture du peu d’ouverture sur ce qui se passe hors des États-Unis, même si le Royaume-Uni est présent avec Turing en particulier, et la Suisse avec Tim Berners-Lee et le web. Est-ce une histoire à écrire ou est-ce là aussi le reflet d’une réalité ? Une chose est sûre, on retrouve bien dans ce vaste panorama un esprit d’aventure et d’entrepreneuriat souvent associé, à tort ou à raison, à cet esprit « cow-boy » d’outre-Atlantique.

    Bien illustré, se terminant par de nombreuses notes et références, précédé par un tableau synthétique reflétant l’histoire de cette période, ce livre répond complètement, et même de manière beaucoup plus large qu’on ne pourrait le penser à première vue, à la question posée par son sous-titre : « Comment un groupe de génies, hackers et geeks a fait la révolution numérique ». Il peut intéresser les lecteurs plus jeunes qui découvriront ce qu’était l’informatique à la période de leurs grands-parents, et les plus âgés qui retrouveront les techniques qu’ils ont découvertes avec passion dans leur jeunesse et qui ont été si vite dépassées ! En conclusion, une bonne lecture pour tous…

    Marie-Odile Cordier

    Les rêveurs lunaires – quatre génies qui ont changé l’histoire

    Cédric Villani et Baudoin (Gallimard / Grasset 2015)

    couverture Les rêveurs lunaires

    Cette bande dessinée décrit le destin de quatre personnes remarquables, trois scientifiques et un militaire. Elle met en lumière leur impact sur le cours de l’Histoire, et pour trois d’entre eux très directement, sur la seconde guerre mondiale. Elle met l’accent sur leurs relations avec la société de leur temps, avec  leurs supérieurs hiérarchiques qui ne facilitent pas leur recherche,  les hommes politiques qui veulent les contrôler, leurs collègues qui peuvent les concurrencer ou les jalouser, leur famille. Elle expose enfin et surtout leurs questionnements face aux risques d’utilisation de leurs découvertes, en particulier lorsqu’il s’agit de la fission nucléaire menant au développement de la bombe atomique.

    Ces histoires nous dévoilent le côté humain de ces personnages hors du commun, avec leurs multiples facettes, et nous les rend attachants. Elles nous rappellent aussi comment un seul individu, par une découverte, une idée, une volonté, une décision, mais aussi une faiblesse, une erreur, un retard, peut faire basculer le cours de l’Histoire.

    Le texte est intéressant, vivant car riche d’anecdotes et de rencontres. Le dessin est très présent, assez noir et tourmenté, mais bien au service de l’histoire racontée. La postface complète la lecture de manière très appréciable à mon sens. Elle explique la genèse de l’ouvrage, ajoute quelques personnages clés et leurs portraits, justifie les choix littéraires et les partis pris. Elle répond aussi à une petite frustration que l’on peut avoir en tant que lectrice : et les rêveuses lunaires, pourquoi aucune femme dans ce panel ? Ce qui nous vaut trois esquisses de femmes scientifiques, ayant eu un rôle majeur dans l’histoire de la fission nucléaire (Lise Meitner, Rosalind Franklin) et de la structure de l’ADN (Ida Noddack).

    Merci aux auteurs de nous emmener à leur suite dans ce voyage dans l’histoire scientifique du XXe siècle, et de réveiller nos consciences sur ces débats toujours d’actualité entre bénéfices si appréciables et risques d’utilisation si néfastes des résultats de nos recherches.

    Marie-Odile Cordier

    Alan Turing : La pensée informatique

    couverture

    Revue DocSciences n°14, juin 2012

    À l’occasion du centenaire de la naissance d’Alan Turing, la revue DocSciences, éditée par le CRDP de l’académie de Versailles, publie ce numéro, quatrième volet de la série Informatique réalisée en partenariat avec Inria, à l’initiative du comité éditorial d’Interstices. 68 pages pour sensibiliser les enseignants et les lycéens au parcours de ce scientifique exceptionnel et faire découvrir ses contributions à tous les curieux de science.

    Éditorial par Gilles Dowek : Alan Turing sans frontières

    Quand on observe son œuvre, on ne peut manquer de remarquer le peu de cas que, tout au long de sa vie, Alan Turing a fait des frontières qui découpent trop souvent nos pensées en petites parcelles bien étanches.

    Quand il s’intéresse, dans les années trente, à l’une des questions les plus abstraites des mathématiques, le problème de la décision de Hilbert, c’est pour y introduire une machine imaginaire, la machine de Turing, inspirée des travaux des ingénieurs de son époque. Quand, quelques années plus tard, pressés par l’urgence de la guerre, beaucoup de ses contemporains se tournent vers l’action, il comprend que l’issue du conflit se joue tout autant sur le front de la cryptanalyse, que sur le théâtre des opérations. Quand, à la fin de sa courte vie, il s’intéresse à la biologie, il modélise le vivant comme on modéliserait un objet inorganique. Et, scandale entre tous, quand il s’intéresse à l’intelligence, dont beaucoup font le signe distinctif de l’humanité, il s’affranchit de la frontière entre l’Homme et la machine, pour se demander à quelles conditions un objet, animé ou non, peut être qualifié d’intelligent.

    Science et technique, action et réflexion, organique et inorganique, animé et inanimé, autant de distinctions qui nous semblent avoir toujours été là, mais qui nous empêchent en fait de penser librement.

    Autant de conformismes dont Alan Turing nous a montré comment nous départir.

     

    Turing

    Jean Lassègue (collection Figures du savoir, Les Belles Lettres 1998, rééd. 2003)

    couverture

    2012 marque le centenaire de la naissance d’Alan Turing, mathématicien anglais considéré comme le père de l’informatique et de l’intelligence artificielle. En prolongement du podcast où Jean Lassègue expose son point de vue sur la vie et l’itinéraire scientifique de Turing, nous vous proposons cet ouvrage du même auteur.

    Il ne s’agit pas d’une biographie d’Alan Turing, au sens habituel du terme. Jean Lassègue y analyse les articles publiés par Turing, en particulier celui de 1936 où est décrit le concept de la Machine de Turing et celui de 1952 consacré à la morphogenèse. Il les replace dans le contexte de leur époque, en les situant par rapport à l’état des connaissances scientifiques et à l’avancée des technologies. Il a pour ambition de mettre en évidence le caractère novateur de la pensée de Turing et sa profonde cohérence.

    Parfois ardue pour un lecteur qui ne serait pas familier des concepts mathématiques développés au début du XXe siècle, cette lecture est passionnante pour celui qui cherche, au-delà des anecdotes, à comprendre ce qui motive un chercheur et comment chemine son raisonnement.

    Turing et l’ordinateur

    Paul Strathern (Mallard Éditions 1998)

    couverture

    Alan Mathison Turing est un mathématicien britannique, que la science informatique revendique comme son fondateur. Peu de gens ont conscience de l’importance de ses travaux, qui ont fait basculer le XXe siècle des Temps modernes à l’Ère du numérique. Un changement peut-être aussi important que lorsqu’un inconnu du XVe siècle, Johannes Gensfleisch, que nous connaissons sous le nom de Gutenberg, a fait basculer le Moyen-Âge vers les Temps modernes en inventant l’imprimerie.

    Ce petit livre donne un instantané simple, mais non simpliste, de la vie et de l’œuvre de ce savant, y compris du contenu de sa pensée scientifique. Il parle aussi, sans concession ni jugement, des tourments de cette âme fragile, dont le cerveau influa sur le cours de la seconde guerre mondiale et dont le cœur fondait devant le Blanche-Neige de Walt Disney.

    Jacques-Louis Lions, un mathématicien d’exception : entre recherche, industrie et politique

    Amy Dahan Dalmedico (Éditions La Découverte 2005)

    couverture

    Ce livre retrace l’histoire de la carrière et des contributions scientifiques de Jacques-Louis Lions, qui ont été époustouflantes à plusieurs points de vue. Cette histoire est intimement liée à celle d’Inria, puisque Jacques-Louis Lions a fortement participé à sa création et son extension, puis a dirigé cet institut pendant plusieurs années ; elle est liée aussi à celle du CNES, dont Jacques-Louis Lions a été ensuite directeur.

    Mais le cœur du livre concerne l’émergence et le rayonnement de l’analyse numérique. Il retrace bien la montée en puissance du groupe français et international de chercheurs dans ce domaine et la reconnaissance par tous les mathématiciens de cette branche des mathématiques appliquées. Au fil des pages, on découvre aussi les interactions entre l’analyse numérique et de nombreux domaines industriels et stratégiques, tels que l’aéronautique, l’énergie, la défense.

    Tout ceci a été réalisé grâce à la fécondité scientifique de Jacques-Louis Lions et aussi grâce à son talent extraordinaire de directeur. Il a su faire coopérer au niveau international plusieurs équipes, faire interagir mathématiques et informatique, dialoguer avec les instances politiques, démontrer aux industriels l’intérêt des modèles mathématiques.

    Jocelyne Erhel

    Qui a inventé l’ordinateur ?

    Les Cahiers de Science et vie n° 36, décembre 1996

    couverture

    Bien documenté, bien illustré, ce numéro des Cahiers de Science et vie est vraiment une référence en ce qui concerne l’histoire de l’apparition des premiers ordinateurs. On y parle d’Alan Turing pour les fondements de l’informatique, de Charles Babbage et de sa machine qui a « presque » fonctionné, de John Von Neumann qui inventa l’architecture des ordinateurs, de Hollerith et de la première machine à « ordonner » l’information. Un document à plusieurs mains et sans parti pris qui prend la responsabilité de dire qui doit rester dans la mémoire de l’histoire de l’informatique. À demander à votre bibliothécaire !

     

    Erdös, l’homme qui n’aimait que les nombres

    Paul Hoffman (Éditions Belin, 2000)

    couverture

    Le mathématicien Paul Erdös (1913-1996) fut si prolifique — il a signé ou cosigné plus de 1400 articles — que ses collègues et amis ont défini la distance d’Erdös : si on a publié avec Erdös, on a un nombre d’Erdös de 1 ; si on a publié avec quelqu’un qui a publié avec Erdös, on a un nombre de 2… Mathématiciens bien sûr, mais aussi informaticiens, économistes ou encore biologistes, des scientifiques de toutes disciplines peuvent ainsi afficher leur nombre d’Erdös.

    En quoi Erdös était-il si particulier ? Consacrant sa vie aux mathématiques, sans maison, ni femme, ni enfant, il voyageait de par le monde. Sans cesse à la recherche de problèmes et de solutions, il décidait de s’installer chez un (ou une) collègue qui lui semblait prometteur. Tous deux travaillaient alors ensemble, nuit et jour, sous caféine (au moins) et produisaient un ou plusieurs articles. L’hôte épuisé, ou une conférence à venir, finissait toujours par renvoyer Erdös vers un autre endroit du globe. C’était un grand poseur de problèmes (il offrait même parfois de l’argent à la clé) et un grand résolveur de problèmes, avec un constant souci de l’élégance des démonstrations (les plus élégantes étant nommées « sorties du Livre », ce livre étant censé contenir les meilleures démonstrations de tous les théorèmes).

    Sans s’appesantir sur les mathématiques, cette biographie décrit un homme génial, mais dont le sens pratique fut faible (de nombreuses anecdotes en témoignent).

    Sylvie Boldo


    Ada de Lovelace et la Programmation informatique

    Jean-Paul Soyer (Éditions du Sorbier 1998)

    couverture

    Pour comprendre ce que fut la vie d’Ada comtesse de Lovelace, il faut saisir à quel point le fait d’être, dans cette Angleterre du XIXe siècle, la fille du poète aventureux, immoral, indépendant et passionné Lord Byron peut forger un destin. Ce court livre très illustré, destiné aux lycéens et au-delà, le raconte clairement. Mais avant tout, c’est la pensée d’Ada Lovelace qui est mise à la portée des jeunes lecteurs. Elle qui a déjà compris quelle sera la place de l’informatique : « la machine analytique n’a nullement la prétention de créer quelque chose par elle-même. Elle peut exécuter tout ce que nous saurons lui ordonner d’exécuter […] Son rôle est de nous aider à effectuer ce que nous savons déjà dominer. »


    Trop belles pour le Nobel

    Nicolas Witkowski (Points Seuil 2007)

    couverture

    Du sexisme crasse, pour qui « il n’est pas décent pour une femme de révéler les secrets de la nature », à la maladroite mise en exergue d’une « extraordinaire » Marie Curie, induisant le message décourageant de « tu seras Nobel ou rien, ma fille », l’auteur, sur le mode de l’anecdote puisée dans une bibliographie rigoureuse, nous montre combien nous nous amputâmes et nous amputons de la moitié féminine de la science. On y croisera, pour les sciences liées au numérique, Ada Lovelace et Emmy Nother, et bien que Grace Hopper soit absente de ces lignes, l’auteur, non sans préciser avec humour que bien que de sexe masculin il n’a pas le Nobel, offre un travail complet de détricotage des mythes qui firent de ces femmes des curiosités de la nature (quand ce n’était pas des muses, voire des potiches). Une fracture encore bien actuelle.

    Thierry Viéville


    Les femmes et la science

    Gérard Chazal (Ellipses 2006)

    couverture

    C’est bien la mixité des genres qui aide à créer la mixité des idées et l’ouverture… dans les sciences comme dans toutes les activités humaines. Très souvent, les collègues féminines apportent un regard neuf, plus ouvert et moins « mécaniste » aux disciplines scientifiques qui les accueillent. Certes il n’est pas toujours facile d’être une femme scientifique ! Il n’y a encore pas si longtemps, l’usage voulait qu’elles publient sous un nom d’emprunt… masculin. Pourtant, toutes ces femmes ont ajouté à leur génie le courage de leur lutte pour s’imposer dans le monde masculin des sciences. C’est à ces femmes remarquables que ce livre est consacré, à leurs apports éminents aux savoirs de l’humanité, aux obstacles culturels, idéologiques et sociaux qu’elles ont dû vaincre.

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